La femme à part

Vivian Gornick, éditions Rivages, mai 2018, 17,80€

La femme à part c’est l’auteur. Vivian Gornick, femme seule par choix (« femme nouvelle », « femme libre », « femme libérée », comme l’expression est expliquée p. 132 du livre), qui déambule dans les rues de New York, délivre de courts récits des choses vues ou entendues. Le fil rouge c’est son amitié avec Leonard, qu’elle voit toutes les semaines, moment attendu et redouté, son double dans la noirceur de la vie. Ils se connaissent par coeur, s’anticipent et se redoutent, un peu, tout en aimant se retrouver, et retrouver leur propre personne dans l’autre. Amitié évidente, limpide et complexe.

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Le discours

Fabrice Caro, éditions Gallimard, collection Sygne, septembre 2018

Qu’arrive-t-il quand on demande à quelqu’un en pleine déprime post-rupture amoureuse d’écrire un discours de mariage ? Qui plus est quand il s’agit du mariage de sa soeur, bêtement amoureuse et filant la parfaite romance ? Et qui plus est en outre lorsque cette demande est formulée pendant le traditionnel repas familial où l’ennui flirte avec l’agacement ?

C’est le propos de ce livre raconté à la première personne et hilarant. Lire la suite « Le discours »

Le peintre dévorant la femme

Kamel Daoud, éditions Stock, collection Ma nuit au musée, août 2018

Déconcertée, troublée, émerveillée. Sentiments à l’image de la couverture de ce livre, qui fait rêver avec ses étoiles brillantes et désordonnées.

Je crois avoir souligné au moins une phrase par page, corné beaucoup d’autres, ce livre est sorti vivant de ma lecture ! Les phrases sont merveilleuses, poétiques et chantantes. En le finissant, je ne suis pas certaine de tout avoir bien compris ; et comme tout livre poétique, je me dis que ce n’est pas si grave, la musique et les idées aperçues et touchées suffisent, le rêve et la réflexion vont cheminer et vivre leur vie propre dans les jours à venir. Lire la suite « Le peintre dévorant la femme »

Le livre de ma mère

Albert Cohen, éditions Gallimard, collection Folio, 1954 (première parution), 192 pages

Albert Cohen écrit Le livre de ma mère en 1954 après la mort de sa mère. Ce livre lui est dédié, c’est un hommage. Dans ce livre, l’auteur écrit des moments ou des périodes de sa vie en mettant toujours en avant sa mère, les marques d’amour qu’elle lui portait. Albert Cohen utilise un champs lexical très vaste pour qualifier sa mère, il l’appelle: « ma Maman », « ma vielle Maman », « ma Maman malade » ou encore « ma petite fille chérie ».  J’ai trouvé ça très touchant, un fils qui parle comme ça de sa mère. Cela montre que Albert Cohen et sa mère n’ont pas seulement eu une relation  de fils et mère mais aussi de « père » avec sa « fille ».

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Songe à la douceur

Clémentine Beauvais, éditions Points, juin 2018, 247 pages (1re édition 2016, éditions Sarbacanes)

Quel beau pari ! Réécrire le Eugène Oneguine de Pouchkine (que j’avoue je n’avais pas lu mais dont je me suis empressée de lire le résumé , après avoir fini ce livre) en le mettant à la sauce contemporaine mais en respectant la versification.

Pour l’histoire, on ne dévoilera pas grand-chose en disant qu’il s’agit d’une histoire d’amour contrariée, à l’origine un coup de foudre de Tatiana pour Eugène, puis, plusieurs années après, un coup de foudre inversé, d’Eugène pour Tatiana. Éternelles histoires d’amour, on en fait des livres, des films ou des pièces de théâtre depuis la nuit des temps… Mais ça continue à fonctionner, surtout quand la réalisation est de cette teneur. Lire la suite « Songe à la douceur »

La chance de leur vie

Agnès Desarthe, éditions de l’Olivier, août 2018, 297 pages, version papier 19€

Sylvie, Hector, et leur fils Lester s’envolent pour les Etats-Unis, plus précisément la Caroline du Nord. On les voit s’installer dans leur nouvelle vie, Sylvie semblant contempler, dans une douce indifférence (ou « étrangeté »), le temps qui passe, Hector concentré sur son enseignement, Lester (qui se rebaptise Absalom-Absalom, « une sorte de nom composé, si vous voulez, comme Jean-Jacques ») qui tombe dans le mysticisme.

Il ne se passe pas grand-chose, des scènes infimes qui décrivent une certaine vision de l’Amérique, ou de la France vue de l’Amérique. D’ailleurs ce livre fait penser à un roman américain, dans son ton surtout, écrit avec une ironie et un détachement certains. On retrouve parfois le mordant de Laura Kasischke, et une ambiance un peu étrange, sur le fil, à nous demander ce qui va bien pouvoir arriver, et si l’histoire ne va pas basculer dans le morbide. Au final pourtant, je suis un peu restée sur ma faim, entre une histoire de jeune gourou qui ne dit pas son nom, et une histoire de couple qui se ment un peu, banale comme beaucoup d’histoires de couple. Lire la suite « La chance de leur vie »

Sorcières – La puissance invaincue des femmes

Mona Chollet, éditions La Découverte, collection Zone, septembre 2018, 240 pages, version papier 18 €

Quel parallèle entre les sorcières du Moyen Âge, chassées et tuées, souvent au nom de Dieu, et notre époque actuelle ? A première vue, rien, et pourtant.

Femmes elles étaient, femmes nous sommes. Elles faisaient peur, on les tuaient. Aujourd’hui encore, combien de femmes sont maltraitées, tuées, malmenées, blessées, dégradées, juste parce qu’elles sont… femmes ? Et encore la France n’est pas le pire endroit où vivre.

Mona Chollet circonscrit son sujet dans une introduction que personnellement j’ai jugé un peu longue. Faire la synthèse des recherches menées sur le sujet des « sorcières » en une quarantaine de pages m’a semblé dommage. On sent qu’elle s’est retenue pour ne pas faire plus long sur un sujet qu’elle maîtrise et adore. Mais une fois sorti de là, quand elle dresse le portrait de ces trois catégories de femmes d’aujourd’hui qui, par choix, se situent hors de la norme et l’assument, le propos est lumineux et passionnant. Lire la suite « Sorcières – La puissance invaincue des femmes »