La chance de leur vie

Agnès Desarthe, éditions de l’Olivier, août 2018, 297 pages, version papier 19€

Sylvie, Hector, et leur fils Lester s’envolent pour les Etats-Unis, plus précisément la Caroline du Nord. On les voit s’installer dans leur nouvelle vie, Sylvie semblant contempler, dans une douce indifférence (ou « étrangeté »), le temps qui passe, Hector concentré sur son enseignement, Lester (qui se rebaptise Absalom-Absalom, « une sorte de nom composé, si vous voulez, comme Jean-Jacques ») qui tombe dans le mysticisme.

Il ne se passe pas grand-chose, des scènes infimes qui décrivent une certaine vision de l’Amérique, ou de la France vue de l’Amérique. D’ailleurs ce livre fait penser à un roman américain, dans son ton surtout, écrit avec une ironie et un détachement certains. On retrouve parfois le mordant de Laura Kasischke, et une ambiance un peu étrange, sur le fil, à nous demander ce qui va bien pouvoir arriver, et si l’histoire ne va pas basculer dans le morbide. Au final pourtant, je suis un peu restée sur ma faim, entre une histoire de jeune gourou qui ne dit pas son nom, et une histoire de couple qui se ment un peu, banale comme beaucoup d’histoires de couple.

Pourtant, il y a des passages assez drôles, ou d’une sensibilité très juste. Une conversation par exemple entre Hector et Sylvie, à propos de leur fils qui pose des questions, trop de questions  » métaphysiques ». Et Hector qui répond à Sylvie de laisser faire. « La métaphysique c’est comme les caleçons, c’est privé ». Ou encore une description par Sylvie des sacs de femmes (elle qui se promène uniquement avec une carte de crédit et son permis de conduire dans la poche de son pantalon) sac-maison aux profondeurs insondables, dans lequel plus personne ne retrouve plus rien, mais qui est là pour rassurer avant toute chose. Certains passages, écrits du point de vue de Sylvie, sont touchants, notamment quand elle parle de sujet féminins qui peuvent sembler un peu mystérieux comme  un passage sur la ménopause, bien senti.

Enfin, il y a le titre, que je trouve encore énigmatique après avoir achevé le livre. « La chance de leur vie ». Est-ce ce passage éclair en Amérique ? Est-ce d’avoir été « là-bas » quand il se passait tant de choses « ici » ? Est-ce d’avoir résisté à l’usure du temps ? Est-ce de s’être frotté à une vie nouvelle pour s’en échapper aussitôt, les êtres se transformant au passage (« toujours le même, toujours un autre ») ? A chacun de se faire son opinion.

Alors ce livre, il est pour qui et pour quand ? Il est pour ceux qui aiment les histoires d’Américains, ou de Français qui se prennent pour des Américains. Pour ceux qui aiment un peu de profondeur dans la légèreté – ou le contraire). Pour passer un moment agréable, mais rien de bouleversant. Pas vraiment pour les jeunes, ils ont mieux à lire à mon avis.

Marie-Eve

 

 

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