Le peintre dévorant la femme

Kamel Daoud, éditions Stock, collection Ma nuit au musée, août 2018

Déconcertée, troublée, émerveillée. Sentiments à l’image de la couverture de ce livre, qui fait rêver avec ses étoiles brillantes et désordonnées.

Je crois avoir souligné au moins une phrase par page, corné beaucoup d’autres, ce livre est sorti vivant de ma lecture ! Les phrases sont merveilleuses, poétiques et chantantes. En le finissant, je ne suis pas certaine de tout avoir bien compris ; et comme tout livre poétique, je me dis que ce n’est pas si grave, la musique et les idées aperçues et touchées suffisent, le rêve et la réflexion vont cheminer et vivre leur vie propre dans les jours à venir.

Kamel Daoud se fait donc enfermer une nuit au Musée Picasso, et ce texte en est issu. Dans le musée à ce moment-là, une exposition sur 1932, année érotique, année pendant laquelle Picasso a peint son amante, Marie-Thérèse. Le corps est partout, s’étale sur les toiles, qui suintent de désir, et reflètent le thème de l’exposition. Le peintre se fait alors cannibale, le baiser est morsure, l’envie de l’autre est souhait de se l’incorporer.

Kamel Daoud  se dit déconcerté par ces toiles, le propos du peintre et les impressions qui s’en dégagent, et ce qui se passe dans son propre pays ; il revisite sa propre géographie de l’art. Tout s’oppose. En Algérie le corps et le sexe se cachent, celui de la femme en particulier. Les mots pour le dire sont brutaux et enrobés de tristesse et de douceur, paradoxe de cette écriture subtile. De nombreux thèmes sont abordés, va-et-vient incessant entre les toiles parcourues et l’Algérie, la plage, le miroir, la sieste, le sexe, et bien d’autres.

Enfin la langue est une merveille. Il est difficile de choisir une phrase (mon livre est barbouillé de crayon noir !), mais quand même je tente. Et choisis celle-ci. « La sieste est un moment mystérieux. Elle n’est pas la nuit mais son versant albinos ». CQFD pour la poésie, non ?

Alors, à qui conseiller ce livre ? Ceux qui n’ont pas peur de lectures un peu difficiles ; ceux qui n’ont pas peur de, peut-être, ne pas tout comprendre du premier coup ; ceux qui aiment rêver et se laisser porter par la magie des mots.

Marie-Eve

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