La femme à part

Vivian Gornick, éditions Rivages, mai 2018, 17,80€

La femme à part c’est l’auteur. Vivian Gornick, femme seule par choix (« femme nouvelle », « femme libre », « femme libérée », comme l’expression est expliquée p. 132 du livre), qui déambule dans les rues de New York, délivre de courts récits des choses vues ou entendues. Le fil rouge c’est son amitié avec Leonard, qu’elle voit toutes les semaines, moment attendu et redouté, son double dans la noirceur de la vie. Ils se connaissent par coeur, s’anticipent et se redoutent, un peu, tout en aimant se retrouver, et retrouver leur propre personne dans l’autre. Amitié évidente, limpide et complexe.

Vivian Gornick aborde d’innombrables thèmes, au fil des pages et des saynètes mettant en scène sa ville. L’amour, l’amitié, l’art. Les pages sur l’amitié sont brillantes, elle dit ainsi d’une amie très chère dont elle a fini par s’éloigner de façon assez brutale « nous nous étions laissé gagner par nos différences ». Ces quelques mots, tout simples, et sans acrimonie, disent tout, et si bien. L’amitié avec Leonard, dont des bribes de conversations parsèment le récit n’en ressort que plus forte et évidente. Un fil rouge vraiment, mais fait de discrétion, tout en creux.

La ville de New York enfin est omniprésente, ce récit en est l’hommage, Vivian Gornick nous fait croiser des célébrités et des inconnus, humour et vivacité rivalisent. Ville éternelle, bruissante, dont l’auteur dit qu’elle est une question de tempérament : « la plupart des gens qui vivent ici ont besoin – en grande quantité – des preuves de l’existence humaine, et ils n’en ont pas besoin de temps en temps, mais chaque jour. C’est de ça dont ils ont besoin. Ceux qui s’exilent dans les villes plus sages sont capables de s’en passer. Pas ceux qui vivent à New York » (p. 153). Les récits, comme de multiples petites nouvelles pouvant presque se lire de façon isolée, s’égrènent au fil des pages, on pourrait se croire dans un film de Woody Allen sans Woody Allen, New York s’étale en noir et blanc, donnant l’envie irrépressible de prendre un avion pour la rejoindre, se perdre dans ses rues, lever le nez au ciel et projeter ses yeux sur ses habitants, toutes oreilles ouvertes, pour se laisser imprégner par son énergie et sa diversité.

Le tout est écrit dans un style pur et simple, laissant percer une pensée subtile.

Alors ce livre, il est pour qui ? Il est pour tous ceux qui aiment se laisser emporter dans un récit, combler les creux du langage avec leurs propres images et expériences ; ceux qui aiment voyager, ceux qui aiment la ville, ceux qui aiment New York. Il est pour ceux qui aiment se laisser surprendre par la forme du récit, en l’occurence fait de multiples petites nouvelles. Ceux enfin qui aiment réfléchir sur la vie, ses péripéties, ses surprises.

Marie-Eve

3 commentaires sur “La femme à part

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