Aurélien

Louis Aragon, première édition en 1944, éd. Folio en 1972, 697 pages

L’essentiel du livre se déroule dans les années 20 à Paris, sur une période de deux mois seulement où les deux protagonistes, Aurélien et Bérénice, vivent un amour passionné.

Le sujet du livre c’est « l’impossibilité du couple », comme le décrit Aragon dans sa préface, c’est l’abîme qu’il y a entre deux êtres, lié à une incompréhension des gestes et paroles de l’autre, si différents des pensées. Une incommunicabilité par l’impossibilité d’exprimer réellement leurs sentiments.  « Il y avait une grande confusion entre eux ». Ou encore « il semblait que tout eut pour raison d’être de mesurer cet abîme entre eux ».

Le début est une alternance de chapitres centrés sur Aurélien et sur Bérénice. Puis lorsqu’ils s’avouent leur amour, le point de vue devient exclusivement celui d’Aurélien avec une importance du discours indirect libre ou du passage, plus rare, à la première personne sans transition, dans le but que le lecteur plonge directement dans son euphorie, son désespoir.

Une scène m’a profondément marquée car très intéressante dans le style utilisé. Lors de leur premier rendez-vous, Aurélien et Bérénice sont au restaurant, et le lecteur sait qu’Aurélien est en train de raconter à Bérénice une scène de son enfance mais ses paroles exactes nous restent inconnues. Seules ses pensées sont développées, tournées sur Bérénice et l’amour qu’il lui porte, mais cela Bérénice ne le sait pas. Le lecteur a alors l’impression de se détacher de la scène, de voir Bérénice et d’adopter seulement les pensées d’Aurélien. Cette scène se différencie donc des scènes typiques de dialogue.

Enfin j’ai beaucoup aimé la façon dont Aragon parle de l’amour. D’abord, le fait que l’on voit la naissance de cet amour – compliqué puisque Bérénice est mariée – qu’Aragon prend le temps de nous montrer (cela s’étire sur plus de deux cent pages). Et aussi, le fait que chacun a une peur obsessionnelle que l’autre, en réalité ne l’aime pas, et que cet amour soit en réalité faux.

Ce livre est écrit pendant la Seconde Guerre mondiale, et l’épilogue représente la progression allemande en France en 1940. Sans rien dévoiler, on sait qu’Aragon fait un parallèle entre Aurélien, qui accepte la défaite et les Français qui restent passifs lorsqu’Aragon, résistant, écrit. Aragon essaye de démontrer les faiblesses de l’être humain, que ce soit face à l’amour ou face à l’Histoire, en tentant de le rendre plus humain. Au contraire, Bérénice est la noblesse incarnée. Le choix des prénoms reflètent d’ailleurs le caractère des personnages.

En conclusion j’ai adoré ce livre.

Alors, ce livre il est pour qui ? Il est pour les grands et les moins grands, celles et ceux qui aiment les romans d’amour, ceux qui aiment analyser et suivre dans le détail les pensées des protagonistes.

Lou

2 commentaires sur “Aurélien

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