Surveiller et punir

Michel Foucault, 1975, éditions Gallimard, collection Tel, 360 pages

Il est difficile de parler de ce livre, qui fait 360 pages, très denses, en quelques lignes ! Mais s’il faut en noter quelques-unes (pour faire plaisir à ma mère 😊), les voici… Cet ouvrage détaille l’évolution des systèmes disciplinaires et d’enfermement (dans lesquels l’auteur range la prison bien sûr, mais aussi, de façon plus surprenante me semble-t-il, l’école, où l’hôpital). Et ce faisant, Michel Foucault interroge ce que nous apprennent ces structures sur les relations de pouvoir au sein de la société, ainsi que le contrôle de la société sur les corps.

Dans les premiers chapitres, Foucault explique qu’au Moyen Age, le pouvoir se mettait en scène au travers de toutes les punitions sur les places publiques qu’étaient les tortures, les supplices, ou les mises à mort. Il y avait une réelle théâtralisation du châtiment, le pouvoir se servant sans conteste d’une véritable fascination de la foule pour les criminels. On montre alors une violence exacerbée sur le corps, volontairement visible pour marquer les esprits afin d’impressionner et de dissuader. En parallèle, cette violence, qui représente en fait le pouvoir du roi, reste volontairement exceptionnelle.

Au XVIIIe siècle, tout change, et on entre dans un système plus « fourbe » ou en tous cas plus subtil, où, sous couvert de rendre une justice plus douce, le contrôle des corps est en fait renforcé, et ce dès le plus jeune âge. La peine de prison se généralise alors, et, en outre, un système de discipline s’étend à toutes les sphères de la société. Certes, le système punitif est plus doux, mais il est aussi invisible et généralisé, donc sournois.

Sur les lieux dits d’enfermement, Foucault dit des choses qui peut-être sont déjà connues sur la prison, comme par exemple le fait que son inutilité a depuis longtemps été prouvée, ou encore que la prison incarne un véritable rapport de classes. Mais il m’a aussi semblé qu’il y avait là des choses plus étonnantes, comme par exemple ce qu’il dit sur l’école. Il exprime en effet le fait que l’école incarne la tendance systématique de la société, et ce depuis le XVIIIe siècle, à classer, hiérarchiser en permanence les élèves, et à les pousser, dès le plus jeune âge, à une extrême individualisation. Ce système de classement permanent innerve ensuite toute la société, dans une logique où, une norme étant instaurée, les individus sont définis par l’écart à cette norme. Avec toutes les déviances auxquelles cela conduit.

Pire, ces lieux d’enfermement ne sont pas seulement des lieux de pouvoir, mais aussi des lieux où on impose le savoir, les sachants imposant une forme d’autorité. Les prisonniers, les élèves, les malades sont classés, hiérarchisés, et en parallèle on collecte des informations sur eux, informations qui renforcent le pouvoir de ceux qui le détiennent déjà.

Si je devais retenir une image, qui m’a particulièrement marquée, ce serait celle du « Panopticon ». Ce terme, employé par Foucault, décrit une immense tour au centre de la prison, au sein de laquelle règnent les surveillants. Tout autour, les cellules individuelles des prisonniers sont disposées en cercle de sorte qu’ils peuvent être observés sans qu’eux ne puissent rien voir. C’est l’incarnation parfaite de ce pouvoir qui voit, contrôle et punit, en toute « invisibilité ».

Il est tentant de faire le parallèle à l’heure actuelle avec le monde des nouvelles technologies. Sommes-nous enfermés à l’air libre ? Enfermés parce que surveillés en permanence, nos données exploitées, nos gestes traqués par les caméras de surveillance, nos déplacements potentiellement observés ? On est peut-être passé d’un enfermement physique à un enfermement « virtuel »…

Alors ce livre, il est pour qui ? Il est un peu complexe (à la lisière de l’aridité…), et plutôt pour ceux qui aiment prendre le temps de réfléchir sur notre monde, ceux qui aiment remettre en question leurs idées, ceux qui s’interrogent sur le système carcéral, ceux qui aiment comprendre la norme. Et il est aussi, peut-être, pour ceux qui trouvent plus de beauté dans l’invisible que dans le visible…

Margaux

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