L’insoutenable légèreté de l’être

Milan Kundera, Folio, 1989, 1re édition Gallimard, 1984, 467 pages.

L’insoutenable légèreté de l’être, c’est un roman d’amour qui se déroule à Prague en 1968. C’est un livre assez fascinant, où comme souvent avec Kundera, on éprouve l’irrésistible envie de corner toutes les pages, tant elles fourmillent d’une multitude de réflexions philosophiques et extrêmement drôles sur l’amour, la politique, l’art, et bien plus encore (réflexions qui pourraient d’ailleurs tout à fait être recyclées à l’occasion de dîners mondains, si cela peut en intéresser certain-e-s 😊).

Pourquoi ce titre d’abord ? En référence aux réflexions que se fait justement l’un des quatre personnages principaux, Tomas, (on suit en réalité deux histoires d’amour en parallèle) sur la douloureuse (mais risible !) tension qui nous anime en permanence dans l’amour, entre un désir de légèreté (vous savez, cette idée, qui revient à la mode ces derniers temps, d’aimer librement, d’enchaîner les amours en cultivant l’illusion d’un détachement absolu) et une attirance néanmoins pour gravité ou la profondeur, qui marquent, on le sait et on se le répète, les plus belles histoires d’amour, mais que l’on peut finalement se risquer à lire comme un désir de chute, lié à l’ivresse du vertige (pour reprendre les jolis mots de Kundera sur le vertige : “Le vertige c’est être ivre de sa propre faiblesse. On a conscience de sa faiblesse et on ne veut pas lui résister, mais s’y abandonner. On se soûle de sa propre faiblesse, on veut être plus faible encore, on veut s’écrouler en pleine rue aux yeux de tous, on veut être à terre, encore plus bas que terre.”).

Le vertige, c’est aussi le sentiment que l’on peut ressentir à l’idée de devoir résumer un tel livre, prise entre l’envie de tout raconter et la crainte d’en dire trop… Quoi qu’il en soit je le recommande à tous ceux qui voudraient découvrir, redécouvrir ou continuer à lire ce touchant écrivain qu’est Kundera, qui nous livre, en même temps que des réflexions originales et pleines de métaphores sur l’amour, un aperçu de la période marquée par la répression des Russes en 1968 à Prague, et le retour d’un régime communiste “dur”, qui constitue d’ailleurs un fil rouge d’un grand nombre de ses livres (Lisez ou relisez si ce n’est déjà fait La vie est ailleurs, c’est pour moi le meilleur !). On s’attache ainsi à des personnages qui nous confient leurs désillusions sur le communisme, ou au contraire leur fascination pour les “grandes marches” associées au progrès.

Pour terminer, je vous partage un petit passage qui m’a marquée, par sa justesse et sa grande délicatesse. A propos de l’histoire d’amour qu’il raconte sur deux de ses personnages – Franz et Sabrina -, Kundera écrit: “Tant que les gens sont encore plus ou moins jeunes et que la partition musicale de leur vie n’en est qu’à ses premières mesures, ils peuvent la composer ensemble et échanger des motifs mais, quand ils se rencontrent à un âge plus mûr, leur partition musicale est plus ou moins achevée, et chaque mot, chaque objet signifie quelque chose d’autre dans la partition de chacun”. Ce constat aboutit à l’élaboration d’un petit lexique des “mots incompris” entre Franz et Sabrina, pour montrer comment chacun des deux personnages a progressivement construit un univers particulier de compréhension autour de certains mots, comme “fidélité”, “musique”, “femme”, ce qui laisse suggérer que l’amour pourrait correspondre à cette tension permanente pour comprendre les “mots” de l’autre et dessiner des fils entre deux univers. Éternelle oscillation entre évidence et incompréhension…

Alors ce livre, il est pour qui ? Pour les amoureux de Kundera, ou pour tous les amoureux de manière générale, ou même pour ceux qui s’interrogent sur l’amour, ceux qui croient le connaître ou l’avoir connu, ceux qui n’en savent rien, pour ceux qui aiment la légèreté des êtres et de la vie, qu’ils la jugent ou pas insoutenable. Mais aussi pour ceux qui aiment penser ou philosopher… Un livre complet !

Margaux

3 commentaires sur “L’insoutenable légèreté de l’être

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