La foi d’un écrivain

Joyce Carol Oates, éditions Philippe Rey, collection fugues, octobre 2017 (première parution 2003), 158 pages.

Ce livre nous plonge au cœur de la création littéraire, et c’est passionnant ! Pourquoi devient-on écrivain ? Comment ? Que faut-il faire ? Pas de conseils à proprement parler (sauf un peut-être : celui de lire avant tout), mais le récit d’une expérience, l’analyse d’une vie consacrée à écrire. Joyce Carol Oates revient sur ce métier (car pour elle, il s’agit réellement d’un métier) si différent, ce « plus solitaire des arts » au travers de courts chapitres, qui abordent tour à tour sa propre enfance et comment elle est « tombée dans les livres », son processus de création, la vertu de l’échec ou de l’autocritique, ou encore l’inspiration, ou l’atelier de l’écrivain. Il est savoureux d’apprendre par exemple qu’enfant, elle a conçu des livres avant même de savoir lire et écrire. Elle racontait des histoires en dessinant, en produisant des coloriages, voire en imitant l’écriture sous forme de gribouillis (p. 16).

Les auteurs en herbe liront avec le plus grand intérêt les pages consacrées à la façon dont elle écrit. Ainsi, le plus souvent, JCO (comme elle se surnomme elle-même) écrit ailleurs qu’assise devant son bureau. Elle écrit, ou plus précisément elle pense aux scènes qu’elle va écrire, tout le temps et en toutes circonstances : en courant (une de ses activités préférées, à laquelle elle consacre de longues pages, et qui présente pour elle des similitudes avec l’écriture « la course comme l’écriture sont des activités créant une forte dépendance : toutes deux sont, pour moi, inextricablement liées à la conscience », p. 39), en marchant, en regardant par la fenêtre. L’écriture à proprement parler n’est alors que la mise en forme, le récit, d’une scène qu’elle a vue et imaginée lors d’une autre activité. Mais le processus de création s’élabore aussi en écrivant puisque JCO nous dit réécrire en permanence. Chaque jour elle réécrit ce qu’elle a écrit la veille, ou tout au moins revient dessus. Et lorsqu’elle écrit les dernières pages, elle réécrit les premières, pour donner une unité au tout.

Le cœur du livre, me semble-t-il, est consacré à l’échec et à ses vertus (et comme c’est réjouissant de lire ça !). Elle nous donne un magnifique exemple, celui de Joyce, qui a subi une déconvenue avec son premier roman, Stephen le héros, déconvenue qui l’a conduit à écrire Portrait d’un artiste en jeune homme, où il interroge la forme, le langage, et dont la conclusion conduit directement à Ulysse, qu’il met dix ans à écrire. Tout espoir n’est donc pas perdu pour les auteurs ayant subi quelques refus de maisons d’édition ! (même si oui, évidemment, tout le monde ne s’appelle pas Joyce…)

L’auteur en devenir ou déjà né lira également avec le plus grand intérêt le chapitre consacré « A un jeune écrivain ». Je ne citerai pas tout, il faut lire le livre ! mais je retiendrai le conseil qui m’a le plus plu, et pour cause : « Lisez beaucoup, sans vous justifier. Lisez ce que vous avez envie de lire, pas ce qu’on vous dit que vous devriez lire ».

Et surtout, répété à de multiples reprises :  « Ecrivez passionnément, sans réserve ».

Alors ce livre il est pour qui ? Les fans de Joyce Carol Oates bien sûr, tous les amoureux de la lecture, les passionnés de la sociologie de l’écrivain, du processus de création. Et tous ceux qui veulent se lancer dans l’écriture… Amis auteurs et autrices, lisez ce livre !

Marie-Eve

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