Salina – les trois exils

Laurent Gaudé, Actes Sud, octobre 2018, 149 pages, 16,80 €

J’ai hésité à écrire sur ce livre, sorti depuis trois mois, et sur lequel tout a été dit déjà. Et en même temps, je pense qu’il est impossible de trop en parler. Alors modestement, j’ajoute une petite pierre sur l’autel des louanges.

L’histoire de Salina avait déjà été racontée par Laurent Gaudé en 2009, sous la forme d’une pièce de théâtre. Passer au roman n’a rien enlevé à la force de l’histoire.

Le thème est simple : le livre, qui se déroule dans un pays inconnu, probablement africain, à une époque qui n’est pas non plus précisée, raconte la vie de Salina, enfant venue d’on ne sait où, déposée sur le sol d’un village par un guerrier inconnu, et qui survit, dédaignée par l’éclat du soleil et les dents des hyènes, alors que sa mort était probable et souhaitée de tous. « Par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t’appelle Salina », sont les mots par lesquels Mamambala la recueille finalement. La suite n’est qu’une histoire d’amour, de lâcheté et de haine, une histoire d’hommes et de femmes.

Salina aime Kano et Kano aime Salina. Mais c’est à Saro, son frère, qu’elle sera donnée, contre son gré. Loi du roi, personne ne proteste, sauf elle. Union forcée, union violentée, Salina ne courbe pas l’échine mais bien au contraire se révolte, et rêve de vengeance.

Tous les ingrédients de la tragédie sont réunis, bien que ce ne soit pas tout à fait une tragédie : des héros (des héroïnes plutôt) aux caractères affirmés, des actes violents, une fatalité contre laquelle on ne peut lutter, des événements qui se déroulent tout seuls, comme aidés par un Destin inexorable. Et le Destin qui, taquin, noue ces événements autour des exils de Salina, et des fils qui lui sont donnés. Trois fils pour trois exils : le fils haï, le fils colère, et le fils pour tout racheter.

Enfin, originalité du récit, il est parfois celui d’un narrateur omniscient, parfois, et plus fréquemment, celui de Malaka, un fils de Salina, qui se doit de raconter l’histoire de sa mère. Le récit est ainsi enchâssé dans un autre, comme un écho.

Ce livre raconte l’humanité, ses défaillances, ses amours, ses haines ; ses grandeurs aussi. Et pour le faire au mieux, il y a la plume ciselée et d’une force infaillible de Laurent Gaudé, véritable génie de l’écriture (génie, vraiment, je pèse mes mots). Il nous transporte, au fil de ces 150 petites pages, sous un soleil de plomb, au milieu du désert, du sang et des combats, entourés de haines multiples. Fragilité et grandeur des hommes et des femmes, l’humanité toute entière est là, en quelques pages, dans une écriture forte et imagée. On sent vraiment, dans notre corps même, ce qui arrive à Salina ; j’ai eu chaud, j’ai eu mal, j’ai eu envie de mordre, j’ai ressenti des creux au ventre, angoisse de la page suivante. Et j’ai pleuré, aussi. Et j’ai soufflé, enfin.

La conclusion est aisée : ce livre est une splendeur.

Alors ce livre, il est pour qui ? Pour tout le monde, vraiment, adultes et jeunes (fin de collège sans aucun problème, et lycée évidemment ; à conseiller aux jeunes qui n’arrivent pas à lire…). Ce livre est incontournable. Il est pour ceux qui aiment l’être humain sous toutes ses coutures, les belles comme les laides, ceux qui espèrent en lui, ceux qui aiment être bercés par des récits intemporels, ceux qui aiment sourire et être émus en lisant, ceux qui aiment la musique de la phrase, ceux qui aiment voyager, ceux qui aiment s’évader, ceux qui aiment croire, ceux qui aiment rêver. Ceux qui aiment l’autre.

Marie-Eve

 

3 commentaires sur “Salina – les trois exils

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