La Bibliothèque enchantée

Mohammad Rabie, éditions Actes sud, collection Sindbad, janvier 2019, 175 pages, 19€

Aux confins du livre de contes et du livre pour bibliophiles, ce récit enchante, c’est le mot juste, par sa fantaisie et son sujet ! Il se passe en Egypte. Chaher, employé travaillant au ministère des Biens de mainmorte (qui gère à la fois les affaires religieuses au sens large et les biens religieux de mainmorte, soit des biens donnés pour faire œuvre d’utilité publique et inaliénables), est envoyé en mission à la bibliothèque de Kawkab Ambar, afin de faire un rapport sur elle. On comprend très vite avec lui que ce rapport n’est que pure formalité : les dés sont jetés, il est prévu que la bibliothèque soit détruite pour laisser place à une ligne de métro.

Chaher découvre cette bibliothèque hors du commun où aucun livre n’est répertorié, dans laquelle le système de rangement est audacieux (par année de donation !), où chaque livre se contente d’être rangé en fonction de celui qui le suit et celui qui le précède (le titre de ces deux livres, donc sa position dans la bibliothèque étant tout simplement indiqué à l’intérieur), ou par conséquent, c’est certain, le vol est légion. Que des sujets de scandale pour tout bibliothécaire qui se respecte !

A la voix de Chaher alterne celle de Sayyid, un habitué de la bibliothèque, un érudit, avec lequel il se plaît à parler, et dont il découvre très vite que le lieu n’a pour lui aucun secret. A l’étonnement et à l’agacement devant ce désordre, face aux vols probables de livres, en total décalage avec la mission qu’il défend, succède, pour Chaher, la curiosité et l’attachement. Comme un apprivoisement, comme une lente initiation au plaisir de l’errance, à l’anarchie et à la désobéissance.

Puis au fil du récit s’égrènent les légendes, des digressions sur le plaisir de lire, sur ce qu’est ou doit être la traduction, et, en filigrane, sur l’Egypte aussi.

Ce livre parle donc de divers sujets ayant trait aux livres,  et cette « bibliothèque enchantée » en est la concentration ultime. « C’est donc là que l’on pourrait commencer à lire sans méthode ni contrainte ! Passant de livre en livre à l’intérieur d’une pièce, on n’en sortirait que lorsqu’on en aurait assez de lire. Certains habitués restent indéfiniment dans la même pièce, jusqu’à assouvir pleinement leur appétit » (p. 54). S’habituant peu à peu à ce lieu, Chaher y croise tous les habitués : Dr Sayyid évidemment, mais aussi Ali, qui décortique frénétiquement tous les livres à la recherche d’un mystérieux document ; ou encore « Jean le marcheur » un photographe de livres compulsif. Et puis il y a l’enchantement bien sûr ; le mystère de la bibliothèque, mais là, chut… laissons le lecteur en découvrir le secret avec Chaher.

Alors ce livre il est pour qui ? Pour ceux qui aiment se promener dans un autre payx, d’autres façons de vivre. Pour tous les amoureux des livres, des librairies, des bibliothèques, ceux qui ne peuvent s’empêcher d’y fourrer leur nez pour les sentir, ceux qui en aiment les mystères, ceux qui pensent que le livre est, aussi, un objet physique (et pas seulement des lettres remodelables et déplaçables à l’infini sur une liseuse ou un ordinateur). Pour les tactiles, les sensuels, les charnels. Pour ceux qui aiment le mystère, qui aiment se laisser entraîner dans un récit aux confins de la raison et du merveilleux. Pour les rêveurs.

Marie-Eve

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