Les gratitudes

Delphine de Vigan, JC Lattès, mars 2019, 173 pages, 17€

Si on ne me l’avait pas offert (merci Margaux !!!), sans doute n’aurais-je pas lu ce livre. J’aime beaucoup Delphine de Vigan, mais un peu déçue par le précédent (« Les loyautés »), j’avais envie de rester sur les impressions fortes laissées par « Rien ne s’oppose à la nuit », ou « D’après une histoire vraie », et ne voulais pas risquer une autre déception. Heureusement, on a choisi pour moi ! Ce livre bref et intense touche au plus profond, avec comme d’habitude chez cette auteure, une économie de mots qui renforce encore les sensations. L’histoire tire sa force de sa simplicité. Michka, quatre-vingt-dix ans bien sonnés, « perd les mots ». Parler devient difficile, elle est confuse, elle tombe souvent chez elle, ou ne parvient plus à se lever. Décision est prise par Marie, l’une des narratrices, une jeune femme très proche d’elle, de la faire aller dans un Ehpad. Michka y rencontre la deuxième voix du livre, Jérôme, l’orthophoniste qui s’occupe d’elle. À eux deux ils vont raconter ce tournant.

Il est difficile de ne pas être ému par les pages qui décrivent la vieillesse, la lente déchéance d’une femme qui lutte alors même que sa vie était faite des mots qu’elle perd. Delphine de Vigan a pour cela des phrases très justes pour décrire l’arrivée en Ehpad « des petits pas, des petits sommes, des petits goûters, des petites sorties, des petites visites. Une vie amoindrie, rétrécie, mais parfaitement réglée. » (p. 33)

Et pourtant l’essentiel n’est pas là mais dans le titre du livre et ce qu’il signifie. « Les gratitudes ». Dire merci. Savoir dire merci. Chacun des personnages a des raisons de le faire, et remercier les fait avancer dans la vie, grandir. Michka veut remercier et ne veut pas mourir avant de l’avoir fait, le couple qui s’est occupé d’elle pendant la guerre. Marie la remercie (ce qui donne lieu à de très belles pages, p. 145 et pages précédentes).

La gratitude. Je ne sais pas pourquoi mais derrière ce mot je mets des images de sourire, de la lumière, une absolue clarté, de la joie. Et c’est l’effet que procure ce livre : on pleure, certes, mais de façon lumineuse, avec l’envie à son tour, de ne pas oublier de dire « merci ».

Alors ce livre il est pour qui ? Pour ceux qui apprécient déjà l’auteure, ils ne seront pas déçus ! Pour ceux qui veulent être émus, à qui mouiller les pages d’un livre ne fait pas peur. Pour ceux qui veulent se rappeler de dire merci. Au fait, merci Delphine de Vigan pour ce beau livre…

Marie-Ève

 

Un commentaire sur “Les gratitudes

  1. J’ai adoré ce roman que j’ai avalé d’une traite un samedi matin avec ma théière… Delphine de Vigand décrit l’aphasie avec tendresse. Beaucoup de finesse et d’humour dans son jeu avec les mots. Un petit bijou au creux de l’hiver !

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