Comment j’ai rencontré les poissons

Ota Pavel, éditions DO, 226 pages, 20€

Comment résister à l’appel d’un livre dont la préface indique qu’il s’agit, aux dires de nombreuses personnes, du « bouquin le plus antidépressif du monde » ? Bien qu’un peu sceptique quand je me suis rendu compte que les récits tournaient essentiellement autour de la pratique de la pêche, je n’ai pas résisté trop longtemps… Et bien m’en a pris. Ce livre est réjouissant !

Il est constitué d’une vingtaine de nouvelles, comme autant d’épisodes piochés dans la vie de l’auteur, et surtout de celle de son père, Leo Popper, vendeur de génie et grand amateur de poissons. On est en Tchécoslovaquie, avant, pendant, puis après la Seconde Guerre mondiale, espèce de charnière du récit. Et malgré la tragédie, tout en sachant que ce livre a été écrit par un grand dépressif (c’est à l’hôpital que son psychiatre lui offre un cahier et un crayon, et qu’Ota Pavel commence à écrire, un peu comme une expérience curative) : on rit !  « Savoir se réjouir. Se réjouir de tout. Ne pas attendre que l’avenir nous apporte quelque chose d’essentiel, de vrai. Car il est fort probable que l’essentiel se produit à l’instant présent et que l’avenir ne nous apportera rien de plus beau. » Et l’humour que dégage ce livre est d’une tendresse totale, il ne s’agit pas là d’un rire moqueur ou exclusif, mais d’un « rire avec ». On se réjouit avec l’auteur que son papa soit le pus fort, le plus roublard, le meilleur vendeur d’aspirateurs, et qu’il parvienne à se venger quand on se moque de lui.

Car ce récit est un véritable hommage au père de l’auteur, même quand il parle de sa mère (jusque dans la dédicace, qui est la suivante  « A Maman, qui avait mon papa pour mari »), et pour le décrire, il égrène sa vie essentiellement au fil des poissons : les poissons rêvés, les poissons attendus, les poissons espérés, les poissons pêchés, les poissons mangés. Je ne pensais pas qu’on pouvait se réjouir à la description de carpes (« ces mémères bien dodues ») ou d’anguilles ! Ni qu’il était possible de tirer du plaisir à apprendre que « les barbeaux aimaient se cacher. Ce sont les plus forts et les plus vigoureux de tous les poissons. Ils nagent toujours vers l’amont, ils vivent presque tout le temps dans le courant et ils sont donc puissants et résistants. De leur museau, ils retournent les pierres sous lesquelles ils cherchent des écrevisses, et de petits insectes à manger ». J’arrête là la citation mais il y en a deux pages comme ça, d’une énorme poésie.

La poésie ne réside d’ailleurs pas que dans la description des poissons, mais dans celle de la nature toute entière. L’auteur décrit les ruisseaux, les rivières, la froideur et la noirceur de l’eau ; la lecture de ce livre nous immerge, c’est le mot juste, dans une campagne sublimée par des souvenirs d’enfance heureuse.

On sourit, on rit, on se remplit d’une tendresse infinie, on devient incollable sur les poissons de rivière, on se prend à vouloir aller passer des vacances en République tchèque,  à la campagne de préférence. Et puis, alors qu’on pensait avoir fait le plein d’émotions, on lit l’épilogue. Et on pleure à nouveau, ces quatre pages sont une merveille, ne serait-ce que pour ça il faut aller au bout du livre, parce que « la pêche, c’est la liberté », ce sera le mot de la fin, ou presque.

Alors ce livre il est pour qui ? Pour tous les dépressifs, dit la préface ! Oui, ils riront ou trouveront à se réjouir des moments les plus simples. Pour ceux qui aiment la nature, et la pêche évidemment ! Il est pour ceux qui veulent enrichir leur vocabulaire (tout, tout, tout, vous saurez tout sur le poisson, le gros, le court, le long, le vrai, le faux, le laid, le beau, le dur, le mou, etc.). Pour ceux qui ont envie de s’évader de lectures conventionnelles, car on est très, très loin de ce que la littérature produit en ce moment. Pour ceux qui aiment voyager, au sens propre du terme, dans un pays inconnu ; et au sens figuré aussi, s’évader, tout simplement.

Marie-Eve

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