Les invisibles

Lucia Puenzo, éd Stock, avril 2019, 224 p., 19,50€

Les invisibles, ce sont ces trois enfants des rues de Buenos Aires, deux adolescents Ismael et La Enana et le petit Ajo, six ans. Ils y vivent seuls, livrés à eux-même dans le quartier du Once. Leur « travail » ? Profiter de leur petite taille et de leur agilité pour s’introduire dans de riches demeures et chaparder, en toute petite quantité (pour ne pas se faire remarquer), ce qui en vaut la peine. C’est Guida, qui travaille dans une entreprise de gardiennage, qui les a recrutés. Il leur donne les informations nécessaires, et le matériel qui leur permet d’endormir les chiens ou les gens afin d’agir plus facilement. Mais un jour on leur propose un marché, qu’il leur est difficile de refuser : traverser le fleuve et partir l’été de l’autre côté de la frontière, en Uruguay. Sans tellement plus de précision. Après une hésitation, le flair leur indiquant un danger certain, ils acceptent, l’envie de voir la mer étant plus forte que l’appréhension. C’est cet épisode que nous raconte l’auteure, Lucía Puenzo.

Qu’il est dur d’écrire un livre parlant d’enfants ! qui plus est dans ce contexte, enfants des rues, pauvreté extrême, où il serait facile de tomber dans le pathos. Mais l’auteure évite toujours cet écueil. On frémit certes, on a pitié évidemment, mais finalement, la vie âpre des enfants n’est qu’évoquée, quelques épisodes du passé racontés, suffisamment pour leur donner de la chair et de la consistance, expliquer, mais elle n’en fait jamais trop. Malgré cette pudeur, on ne perçoit que trop bien la difficulté de ces enfants perdus.

Le rythme est enlevé, le livre conduit à la manière d’un thriller, toujours sur le fil entre suspense, pesanteur et légèreté. Le drame monte doucement au fil des pages, mais toujours avec des moments de respiration, de légèreté ; et d’amour. Ainsi des scènes aquatiques, que ce soit le récit du bain de mer de mer tant attendu, Ajo et La Enena en suspension légère dans l’eau, oubliant l’espace d’un instant la réalité ; ou encore une scène de bain dans un jacuzzi, pleine de tendresse. Car les liens entre ces trois-là sont remplis d’affection : amour total et fraternel entre Ajo et La Enena, amour pur comme peuvent le ressentir deux adolescents entre La Enena et Ismael.

Pour raconter cette histoire l’auteure utilise des phrases courtes, un rythme saccadé qui va avec l’action, que le ton épouse parfaitement.

Il va de soi que, le fait que le récit se déroule en Argentine puis, en Uruguay, a ajouté au plaisir de ma lecture ! Les amateurs d’Amérique latine s’y retrouveront…

Alors ce livre il est pour qui ? Pour les amateurs d’histoires enlevées, au rythme rapide. Pour ceux qui aiment être plongés dans un autre univers, un autre pays, découvrir d’autres vies. Pour ceux qui aiment être émus, qui ne renâclent pas à l’idée de, peut-être, pleurer un peu en tournant les pages.

Une belle découverte.

Marie-Ève

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s