Comment vivre en poète

Eric Poindron, Le Castor astral, février 2019, 138 pages, 15€

Ce livre est un objet indéfini. Un objet de poésie. Un livre qui donne envie de lire ; et d’écrire. Un livre-valise, que l’on a envie de garder à son chevet toujours, pour le dérouler un peu chaque jour. Un mot par-ci, une phrase par-là. Trouver le temps. Prendre un moment, une fois par hasard ou plus probablement tous les jours, ouvrir une page en se laissant porter par l’inspiration, en mâcher tous les mots, les passer d’un côté à l’autre de sa bouche, les laisser flotter. Prendre un crayon, les recopier, puis se laisser faire, un mot en appelle un autre, et une phrase, et un rêve.

« Que trouve-ton derrière l’horizon ? » Et si on essayait ? D’y penser. De le dire, de se l’écrire. De partager ? A cette phrase précisément qui permet d’être emporté sur un nuage de pensée, Eric Poindron apporte une magnifique phrase de Pierre Reverdy en soutien : « Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tristesse ou la pluie. »

138 pages de pure poésie, que j’ai distillées pendant un mois, et je pense recommencer dès ce soir…

Au début il y a un texte merveilleux de Charlélie Couture qui se termine sur cette phrase : « Vivre en poète c’est se sentir comme un électron libre propulsé en dehors des limites de son champ d’attraction. A la fois joyeux et désespéré, à la fois isolé et confondu à l’Univers… ».

Puis une dizaine de pages de l’auteur, sorte de vademecum, mode d’emploi du livre que l’on savourera phrase après phrase car il y a en de délicieuses (elles le sont toutes en fait mais au moins, il faut à tout prix lire et se repaître des pages 20 et 21, sur ce qu’est la poésie, « une princesse folle, celui qui vit en poète est un homme de cascade »).

Et enfin des phrases isolées, en forme de questions, d’affirmation, suivies ou précédées de citations piochées au sein de poètes célèbres ou moins. Et chacune ouvre une porte sur un monde dans lequel on a envie de se plonger.

Eric Poindron est un poète et à sa lecture on se dit que nous aussi on pourrait essayer de l’être. Peut-être. Ou bien au moins, sans tout à fait l’être, vivre en poète. Car ça oui c’est à la portée de tous, sans même écrire. Car il le dit. Pour vivre en poète, nul besoin de mots couchés sur le papier ! « Donnez-moi le temps – ce luxe suprême – de vivre à mon rythme, de regarder, de prendre des chemins que n’indiquent pas les cartes et les plans », propos d’André Hardellet rapportés par l’auteur dont il dit que « celui-là, pour l’exemple, n’a laissé aucune poésie, cependant il semblerait que sa vie fut celle de poète ».

Et aussi, quelque part au milieu de votre lecture, rendez-vous page 115 et obéissez à l’injonction merveilleuse !

Alors ce livre il est pour qui ? Il est pour les poètes bien sûr… Ceux qui le sont ou ceux qui veulent l’être, ceux qui s’ignorent, les rêveurs grands ou petits, ceux qui aiment laisser leur pensée filer sur le dos d’un nuage ou l’écume d’une vague. « Pour un voyage en poésie qu’emporteriez-vous comme mot-valise ? » : c’est par cette question que s’ouvre le livre. Je vous laisse réfléchir pour le mot valise, je l’ai fait aussi. Mais quant au livre-valise, un conseil : prenez-celui-ci !

Marie-Eve

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