Phalène fantôme

Michèle Forbes, La Table ronde, coll. La petite vermillon, janv. 2019, 362 p., 8,90€

Parler de ce livre, c’est simple et difficile en même temps.

Simple parce que cela pourrait tenir en quelques mots : c’est l’un des plus beaux livres que j’ai lus ces dernières années (oui oui, je n’ai pas peur de le dire !). Difficile parce que j’aimerais tellement trouver les bonnes phrases pour donner à tout le monde envie de le lire…

Belfast, Irlande du Nord, août 1969. L’apparition soudaine d’un phoque aux côtés de Katerine, figure principale du roman, tandis qu’elle nage en mer, marque le début du récit. Cette rencontre, réelle ou imaginaire, la peur qu’elle procure à Katerine, la frayeur de son mari Georges qui pense la perdre, marquent également le tournant que va prendre sa vie. L’après-midi de plage improvisée en famille, avec Georges et ses quatre enfants, Maureen, Elisabeth, Elsa et Stephen est alors brutalement interrompue. Et pour une raison étrange, cette rencontre inattendue replonge Katerine vingt ans en arrière, dans la nostalgie d’un amour passionnel et interdit.

Août 1949, alors que Katerine connaît Georges déjà depuis quelques années, et s’apprête à jouer le rôle-titre dans Carmen, elle fait la rencontre de Tom, le tailleur chargé de son costume de scène. Coup de foudre immédiat et déraisonnable.

Le récit va alors alterner entre ces deux périodes, nous permettant de reconstituer au fur et à mesure la réalité du présent, l’inquiétude provoquée par les tensions entre catholiques et protestants dans une Irlande du Nord ravagée constituant la toile de fond du livre.

Ce roman est passionnant pour de multiples raisons.

D’abord, l’auteure a un art consommé (et pourtant c’est son premier roman…), notamment au travers de dialogues enlevés, de nous plonger dans les trépidations, les babillages et bavardages, les petits tracas et les grands événements d’une famille de quatre enfants. Elle rend extrêmement bien ce quotidien banal et sublime à la fois. Les joies de la maternité dans sa quotidienneté. Les moments de grâce inattendus, comme un instant de silence partagé côte à côte, entre mère et fille, en pleine nuit, alors que la maison dort, confidences merveilleuses de la nuit, récits de l’enfance. Quiconque est père ou mère de famille, ou bien encore fils ou fille d’une famille (oui c’est-à-dire à peu près tout le monde, c’est bien ça…) lira avec un immense plaisir la reconstitution de ces scènes familiales. C’est tendre ; c’est juste ; c’est beau.

Ensuite il y a l’amour bien sûr ! Les amours devrait-on plutôt dire. Car on alterne entre le récit de l’histoire de Tom et Katerine ; et entre le quotidien de Katerine et Georges vingt ans plus tard. Pas de suspense, on sait donc tout de suite que l’histoire de Tom et Katerine sera de courte durée, même si l’intensité en est extraordinaire (lire p. 156, avec délectation, une scène entre les deux, d’un total romantisme, où il est question de torche éphémère de papier pour se regarder fugitivement dans le blanc des yeux, ou encore d’une partition de musique utilisée pour essuyer un trop-plein de rouge à lèvres…). Qu’est-ce que l’amour passionnel et irraisonné ? Qu’est-ce que l’amour inconditionnel et altruiste ? En quelques pages, de façon sublime, l’auteure dit tout de la passion et de la raison (sans les opposer, sans les hiérarchiser, incertitudes et transports d’un côté, plénitude et confiance de l’autre).

Ou encore sur l’amour toujours, c’est la jeune Maureen, seize ans, qui vit ses premiers émois amoureux et s’interroge. Comment sait-on que l’on est amoureux ? Et la mère qui répond à sa fille : « On flotte et on brûle. Et on se sent différent d’avant. »

Et enfin il y a le style, la façon qu’a Michèle Forbes de nous immerger dans cette famille, aux côtés de Katerine essentiellement. La finesse avec laquelle elle décrit les sentiments et les questionnements de ses personnages, principaux ou secondaires, leur humanité, leurs failles. L’évolution de l’histoire, la façon dont on colle au personnage de Katerine, dont on vit avec elle, avec laquelle on l’épouse totalement. Jusqu’à la fin dont je ne peux pas parler.

C’est difficile d’en dire beaucoup plus sans ôter une partie du plaisir de la lecture. Mais vraiment, ce livre est un des plus beaux que j’ai lus ces derniers temps. Il laisse un goût violent de mort et de vie, il imprègne d’une belle tristesse, il donne envie de capter chaque émotion du quotidien. La vie est si courte…

Alors ce livre il est pour qui ? Pour tous les romantiques, TOUS !!! Pour les nostalgiques de l’enfance ou de la famille. Pour les amoureux, ou tous ceux qui l’ont été. Pour ceux qui aiment s’immerger totalement dans une atmosphère, au point de vivre avec ses personnages. Pour ceux (il faut quand même le préciser ici…), qui n’ont pas peur (ou qui apprécient) de verser quelques larmes.

Vraiment, mais vraiment, foncez sur ce livre…

Marie-Eve

 

 

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