L’Ennemie

Irène Némirovsky, éd. Denoël, avr. 2019, 157 p., 16,90€

Ce livre d’Irène Némirovsky est une nouvelle édition du roman qu’elle avait fait paraître en 1927 sous le pseudonyme de Pierre Nerey, et il faut remercier les éditions Denoël de le publier de nouveau ! C’est un petit bijou qui, découpé en quatre parties épousant différentes périodes de la vie de Gabri (enfance, adolescence, jeune adulte), raconte les relations pour le moins complexes de la jeune fille (qui emprunte ses traits à Irène elle-même) et de sa mère Francine (dont la ressemblance avec Fanny, la mère de l’auteure, est avérée).

Comment se construire, quand on est fillette, entre une mère insouciante et légère (une cocotte qui passe son temps hors de chez elle, à flirter), et un père absent pour raisons professionnelles ? Comment aimer quand on est mal aimée ? On pense en lisant à des portraits de mères odieuses, et autres Folcoche. Il n’y a pas maltraitance pourtant, mais une négligence, une futilité, et un égoïsme coupables. Futilité qui conduit tout droit au drame, assez rapidement dans le livre. Aucune mère d’ailleurs n’est à l’abri de la critique puisque celle de Babette, une amie de Gabri, est décrite comme « grotesque et effrayante comme une sorcière de Goya ».

Les relations mère-fille sont ainsi analysées sans complaisance et avec une grande finesse, entre un manque affectif évident (le nez d’une petite plongé dans le corsage froissé, encore chaud, d’une mère absente, est poignant), une recherche d’amour et un fort  désir de vengeance.

« L’Ennemie » est également un roman d’apprentissage. On suit la métamorphose de Gabri, de petite fille maussade et renfrognée à une jeune fille épanouie et ouverte. Trop ouverte peut-être ? Il faut dire que sa mère lui laisse une telle liberté… Et au milieu de cette liberté, il est si facile de rencontrer l’amour ; ou ce qu’on croit être de l’amour. Là aussi, la description des sentiments est sans complaisance, l’homme en prend pour son grade. Veule, absent, violent, lâche : aucun portrait de personnage masculin n’est rendu sympathique…

En lisant, peut-être est-ce dû aussi à l’époque où l’action se situe ? on ne peut s’empêcher de penser à Edith Warton (le thème n’a rien à voir, mais on retrouve l’art de la description, par petites touches, et la cruauté de l’auteure des Beaux Mariages chroniqué ici), ou encore, dans un registre différent, à l’ironie et à l’atmosphère étouffante du Vera de Elisabeth Von Arnim. Et, avec une écriture élégante quoique simple, sans fioriture, on sent la tension monter au fil de pages très visuelles, dans lesquelles on voit précisément se dérouler le Paris et la société de l’entre-deux-guerres. Car ce livre, est c’est l’une de ses plus remarquables qualités est, dans un style classique, extrêmement bien écrit.

Alors ce livre il est pour qui ? Il est fortement déconseillé de l’offrir pour la fête des mères qui approche !!! Ce cadeau pourrait être mal pris ! Mais il est à lire par tous ceux qui aiment les romans psychologiques, les portraits de femme, et les personnages de mères.

Marie-Eve

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