Cortázar

De Marc Torices (dessins) et Jesús Marchamalo, traduction de l’espagnol Benoît Mitaine, éd. Presque Lune

La couverture : un personnage tout en longueur, cheveux noirs, raie sur le côté, grands yeux étonnés et profonds. Six portraits en pastille, Julio Cortázar, de jeune à plus âgé. Et de la couleur, des dégradés, des touches de fantaisie et de rêverie. On plonge immédiatement dans la vie et l’œuvre de cet immense auteur argentin.

Le prologue à lui tout seul est un volute de songes qui nous transporte dans l’univers de l’auteur. D’abord, trois pages partagées chacune en longs rectangles dans lesquelles de la fumée s’égrène, puis envahit l’espace, puis se raccorde à la cigarette de  Cortázar, leitmotiv qui traversera le récit. Puis le narrateur raconte, une ville du sud où arrive l’auteur, dans laquelle on lui a indiqué un chemin, une place, des escaliers, une rue au bout de laquelle se situait une pension où loger, une chambre envahie de rideaux de mousseline, de parquet au sol, et de miroirs au tain fatigué. Il suit les indications, trouve tout comme on le lui avait dit. Mais ce n’était pas la bonne place, pas les bons escaliers, pas la bonne rue. Ou peut-être que si ? La conclusion s’étale sur deux pleines pages, chacune découpée de douze carrés où domine la couleur jaune, où les lattes du parquet se disjoignent, se transforment, deviennent ombre et fumée. « C’est que toute la vie de Julio Cortázar, de façon aussi discrète que constante, est régie par le hasard. Les faits étranges, les coïncidences d’apparence magique, ne cesseront de jalonner son existence comme autant de signes mystérieux ».

Puis, entrée dans le vif du sujet, les chapitres, principalement chronologiques, sont annoncés par un titre sous une pastille ronde qui donne le ton, le style artistique que va prendre ce bout de récit. Son enfance, sa famille, son exil, ses rencontres, ses luttes, ses amours. On déroule les épisodes de la vie de l’artiste, comme autant de jalons qui conduiront à son œuvre  maîtresse, le grand roman « Marelle » (« Rayuela »). On y apprend une multitude de choses, dont comment, de lecteur compulsif il se met à écrire.

Et il y a le dessin. A chacun de ces épisodes racontés, il y a un style  différent. De la couleur, du noir et blanc, un découpage de la page qui varie.  Le dessinateur est surdoué. Il faut lire et relire, regarder, observer, la finesse de l’exécution, l’explosion de couleurs. Même les marges ne sont plus blanches et sont parfois envahies de petits signes cabalistiques, qui animent la page, nous intriguent et nous emportent. Des tâches que l’on a d’abord envie de balayer de la main, comme une poussière tenace et mystérieuse ; puis que l’on attend et que l’on guette. Aucun détail inutile. On peut passer des heures à tourner et retourner les pages, s’attacher à l’histoire et au texte, puis ne plus le lire, regarder, décrypter, se laisser envahir par les sensations, sans chercher à comprendre.

Une explosion pour les sens.

Alors ce livre il est pour qui ? Tous les amateurs de « Marelle » bien sûr ! Les fondus de littérature sud américaine dans leur ensemble, les amateurs d’aventure et de destin hors du commun ; les amoureux du hasard. Et puis, c’est une certitude, par tous les fans de bande dessinée, car la réalisation est somptueuse : en s’attachant à la moindre bulle de la moindre page, on comprend que l’expression « neuvième art » a tout son sens.

Marie-Eve

 

 

 

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