Une apparition

Sophie Fontanel, Pocket, août 2019, 220 pages, 6,95€

Une apparition mais on aurait pu dire aussi une résurrection, une renaissance, une transformation, une mutation. Une révélation. Ou comment une couleur peut changer une vie.

Sophie Fontanel a cinquante-trois ans et se teint les cheveux depuis toujours ou presque. Depuis qu’une mèche blanche s’est immiscée dans sa chevelure de jais, lui donnant l’impression soudaine d’être vieille. Si jeune et déjà vieille, effet de la couleur… Un jour de juin donc, où, à la terrasse de Senequier à St Tropez, elle se morfond et rumine sur ses racines blanches, elle voit descendre d’un yacht une créature somptueuse à la chevelure lumineuse d’albâtre. Le monde s’arrête. Elle l’interroge. Sur cette couleur, ce choix, son attente, la patience qu’il lui a fallu. Et s’entend répondre alors que non, il ne faut pas de la patience, « il faut juste de la curiosité ». C’est ainsi que Sophie Fontanel marque le début de l’aventure.

Ce livre est le récit du choix qu’elle fait alors : laisser pousser ses cheveux blancs. Alors même qu’elle est une femme dans la cinquantaine, qui a toujours teint ses cheveux, qui a toujours travaillé dans le domaine de la mode, entourée des diktats qui vont avec. Et non seulement assumer ses cheveux blancs, mais également en assumer la transition. Accepter d’être un « zèbre », un « raton-laveur » ; une « Cruella » même, entend-elle parfois dans la bouche de certains enfants (une princesse aussi, préfèrent dire d’autres). Et plus important encore, la transformation psychologique, la liberté qui l’accompagne.

L’auteure nous narre par le menu les réactions des gens, de ses proches, mais aussi des inconnus, ceux qu’elle tient régulièrement informés de cette mutation par le biais d’Instagram. Ceux enfin qui l’abordent pour interroger, ou encore hésitent, voudraient suivre son exemple. Et, hommage au blanc il y a, disséminées au fil des pages, les conversations avec Agnès Varda, Arielle Dombasle, ou encore le récit des perruques d’Andy Wharol, chantre du blanc, pour qui cette couleur était  » une manière de ne pas avoir d’âge. Il était le contraire du vieillissement : c’était bien davantage une façon de changer le moins possible, en prenant, jeune encore, un aspect éternel » (p. 175).

Ce livre est donc le récit d’une libération mais il est aussi une libération. Comment ne pas avoir envie, en le lisant, d’avoir des cheveux blancs qui poussent, en masse, et pouvoir les laisser faire, crier à la face du monde sa liberté ?

Libération ou même création. Ce que fait remarquer une de ses connaissances à Sophie Fontanel. Il ne s’agit pas seulement d’assumer, d’être naturelle. Mais il s’agit « d’apparaître » (p 95).

Alors ce livre il est pour qui ? Pour toutes les femmes ou tous les hommes qui ont peur de vieillir, qui redoutent les signes du temps. Ceux qui se veulent libres, jusque dans leur corps aussi. Pour tous les lecteurs de « Sorcières » de Mona Chollet, dont il est une sorte de prolongement, sur le thème de l’apparence.

En bref, ce récit est salutaire !

Marie-Ève

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