Une bête au Paradis

Cécile Coulon, L’Iconoclaste, août 2019

Ce roman est le récit d’histoires d’amours entremêlées dans une ambiance rude et terrienne. Dans une langue dure et imagée à la fois. Un gros coup de cœur en cette rentrée.

Au Paradis, il y a Emilienne, qui règne sur les hommes, les animaux, et la terre. Autour d’elle, Blanche et Gabriel, ses petits-enfants, qu’elle élève. Et puis Louis, le commis de ferme, âpre comme la terre qui l’entoure. Et Alexandre, compagnon de classe de Blanche, puis son amoureux.

« Une bête au Paradis » est le récit de personnages que la vie a maltraités, de leurs amours entremêlés, d’où émerge l’éternel trio amoureux : Louis aime Blanche, qui aime Alexandre, qui aime… Quant à Blanche et à Louis, tous les deux, comme Emilienne, aiment plus que tout le Paradis, la terre qui les abrite et les nourrit. La menace plane sans cesse dans cette ambiance végétale où la nature et les bêtes prennent une place importante. Et d’ailleurs, les animaux, meurent, de différentes manières, tout au long du livre. A commencer par le cochon, qu’on égorge tandis que Blanche et Alexandre font l’amour pour la première fois. Tout un symbole, pensez-y en lisant la fin…

Les chapitres, tous introduits par un verbe – ce qui donne une forme énergique et puissante au récit – sont courts, haletants. Ils prennent le point de vue d’un personnage ou d’un autre, Louis, Gabriel, Blanche, ou Alexandre, on les suit en s’attachant à tous, sans pouvoir choisir de continuer le récit avec les yeux de l’un plutôt que de l’autre. Mais l’auteure brouille les cartes au fur et à mesure du roman, l’ambivalence surgit, les masques s’affaissent. Une toute autre histoire est révélée.

Cécile Coulon a, pour raconter ces amours rustiques une plume incisive et poétique. Pendant 350 pages, on est à la campagne, parmi les animaux et les plantes, dans la terre ; on y est, vraiment. J’ai fini ce livre dans le métro parisien, ligne 1, un samedi matin, et je n’ai ni vu les touristes égarés, ni senti les odeurs de bitume, ni ressenti l’étouffement des tunnels, ni entendu le nom des stations qui s’égrenaient. Non. Ce jour-là, j’étais dans la verdure et la noirceur, j’étais au Paradis, là où « de chaque côté de la route étroite qui serpente entre des champs d’un vert épais, un vert d’orage et d’herbe, des fleurs, énormes, aux couleurs pâles, aux tiges vacillantes, des fleurs poussent en toute saison. » Je sentais l’odeur du cochon et cet effluve de terre mouillée un peu aigre. Le style de Cécile Coulon est fort et enlevé ; ces mots sont beaux. C’est dur aussi parfois.

Alors ce livre il est pour qui ? Pour ceux qui aiment les récits vivants, les histoires sans concession, les tragédies qui se déroulent toutes seules. Pour ceux qui aiment être surpris, qui aiment être un peu secoués, voir leurs certitudes remises en question. Il est pour ceux qui aiment la belle, la très belle écriture, simple, sans fioritures inutiles, efficace, poétique, presque cinématographique. Quelques scènes un peu violentes cependant, il faut avoir le cœur bien accroché… Mais c’est un livre magnifique, gros coup de cœur !

Marie-Eve

3 commentaires sur “Une bête au Paradis

  1. C’est une auteure que j’aime beaucoup et celui-là je le lirai. J’ai eu la chance de la rencontrer et elle est tellement vive, spontané, sans langue de bois. Nature quoi et cela me plait bien. J’ai écouté ses poèmes avec Les Ronces lors de la rencontre et j’ai beaucoup aimé (alors que je ne suis pas versée vers la poésie)…… 🙂

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