Borgo Vecchio

Giosue Calaciura, Notabilia, août 2019, 160 p., 16€

Palerme, le quartier du Borgo Vecchio, pauvre parmi les pauvres, trois enfants amis pour la vie, une prostituée au grand cœur, un voleur, l’incontournable curé, un cheval qui parle, l’amour, la trahison, la misère, la joie. La magie. Borgo Vecchio est un livre petit par la taille mais immense par le talent. Un de mes gros coups de cœurs de la rentrée.

Mimmo et Cristofaro, une dizaine d’années, sont amis à la vie à la mort. Unis dans le partage des bons et des mauvais coups. Unis aussi dans leur amour pour Celeste, la fille de Carmela, la prostituée. Celeste qui, quand sa mère reçoit chez elle des clients, se réfugie sur le balcon où elle apprend ses leçons et regarde le spectacle de la rue.

Il ne se passe rien ou pas grand-chose dans ce livre, et pourtant la vie qui s’égrène imprègne chaque page, chaque ligne. Les anecdotes s’enchaînent, tissant la vie banale et extraordinaire de ce quartier sicilien. La magie est à chaque coin de rue. Le chapitre du déluge par exemple est un modèle du genre (p. 50 s), pluie tombant du ciel par tonneaux, eau envahissant le quartier, vent tourbillonnant qui arrache l’argent des mains des habitants, faisant s’envoler tous les mets du marché avec, pour l’empêcher, les marchands de poissons qui réfléchissent à des « techniques de pêche inversée ». Le noir envahit la ville, et les petits vieux rentrent chez eux en se trompant de porte, de lit, de femme (p. 54). La tempête se transforme en cyclone, et c’est une danse diabolique qui s’éveille. Ces pages sont sublimes et font penser au réalisme magique de Gabriel Garcia Marquez.

L’auteur a un don pour rendre vivante la moindre scène. Ainsi de la description par exemple de l’odeur du pain qui se répand dans la ville, s’infiltre dans les maisons, faisant pleurer les hommes et frémir les femmes.

Ou encore, le récit de cet homme qui vendait « la solitude » d’une unique chaussure (p. 109), pourquoi une seule chaussure, parfaite, et comment il a failli un jour la vendre enfin. Et pourquoi cela ne s’est pas fait, ironie ultime du destin.

Chaque scène tisse la vie donc, et l’on sent au fil des pages la tension monter inexorablement. Les pièces du puzzle se mettent en place, la violence surgit, les masques tombent. La fin que l’on ne racontera pas ici évidemment est grandiose, tragique et surréaliste à l’image de « la fumée des maquereaux qu’on faisait griller sur un feu de cageots » qui « se figea dans l’air en un brouillard solide de bois au petit matin » (p. 127).

Alors ce livre il est pour qui ? Pour ceux qui aiment l’Italie et qui y retrouveront l’ambiance des quartiers populaires traversés. Ceux qui aiment le drame, sentir la tension monter, à l’image du ressort que l’on bande et dont on sait qu’à la fin, il va lâcher. Ceux qui aiment la magie des mots qui s’assemblent pour former des images, pour constituer des scènes vivantes et folles à la fois. Pour ceux qui aiment rire, pleurer, rêver, être bercés par la poésie. Un livre qui reste longtemps dans la tête et le cœur, lorsqu’on le referme.

Marie-Ève

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