Verax

De Pratap Chatterjee et Khalil, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Antoine Chainas, Les Arènes BD, septembre 2019, 22,90€

« Un roman graphique terrifiant mais nécessaire » dit la quatrième de couverture. Oui, la lecture de ce livre confirme l’accroche. Allez-y. Le sujet est un peu connu certes, mais cela n’empêche pas d’avoir peur, et la manière du roman graphique pour le traiter amplifie ce sentiment.Le titre nous plonge immédiatement dans le sujet, puisque « Verax » c’est le pseudonyme d’Edward Snowden. Le livre, qui est en réalité tiré de la longue et minutieuse enquête de Pratap Chatterjee, journaliste publiant régulièrement dans The New Republic, le Financial Time et le Guardian, va donc parler renseignements, espionnage de masse, et lanceurs d’alerte.

On est donc là : dans ce monde de l’après 11 septembre 2001, où la sécurité l’emporte sur tout, liberté comprise. Où les gouvernements sont à l’affût de la plus petite piste d’un début de soupçon d’acte terroriste. Où les technologies et un échange de données massif permettent une surveillance qui ne l’est pas moins, massive. Où les gouvernements mentent ouvertement, « les yeux dans les yeux » et la main sur le cœur. « Verax » revient sur les révélations apportées par Wikileaks, puis l’affaire Snowden (Edward Snowden qui rappelons-le, sort très prochainement un livre choc aux éditions du Seuil).

Et, cœur  de l’enquête de Pratap Chatterjee, il décortique les liens entre la NSA et la surveillance massive à laquelle elle se livre et les attaques de la population, afghane notamment, par des drônes américains,drônes téléguidés à des milliers de kilomètres de là, par des militaires barricadés dans des bases. Ces pages notamment font frémir, tout particulièrement le récit d’une attaque dans la province d’Orozgân (p. 177 et s.). les chiffres sont implacables : « sur 646 attaques de drônes au Pakistan, en Somalie et au Yémen, il y a eu environ 22% de victimes innocentes dont 225 enfants » (p. 173, et rappelons que l’action du livre se situe en 2015). Ce qui fait frémir vraiment, et le mot revient à de multiples reprises c’est « l’imprécision ». Des données massives, des analystes lointains, des photos de mauvaises qualités, renseignements imprécis. Et à la fin, la décision, quand même, de tirer.

La forme de ce récit, roman graphique en noir et blanc, au dessin précis et implacable, colle parfaitement au fond. Qui plus est, le dessin est éclairant lorsqu’il s’agit d’exposer les différents systèmes de surveillance (p. 142 et s.). Eclairant et apocalyptique.

Oui, vraiment, ce livre est indispensable pour comprendre !

Alors ce livre il est pour qui ? Pour tous ceux qui s’intéressent aux libertés fondamentales, au monde du renseignement, aux liens politico-diplomatico-financiers-industriels. Pour les passionnés d’enquêtes en tous genres, journalistiques en particulier. A mettre entre toutes les mains (lisible sans problème à partir du lycée).

Marie-Eve

 

2 commentaires sur “Verax

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