La Vie en chantier

Pete Fromm, éd. Gallmeister, septembre 2019, 381 p., 23,60€

Ce livre est l’histoire d’un achèvement et d’une reconstruction : l’achèvement d’une maison délabrée et la reconstruction du principal personnage, Taz, après le décès de sa femme. Non, n’arrêtez pas la lecture là ! et surtout ne croyez pas que ce livre est triste et morose. Bien au contraire. Il est lumineux et drôle.

Taz (dont le nom de baptême est Ted, mais il est d’usage de se donner des surnoms dans cette histoire, chacun a le sien) et Marnie s’aiment, passionnément et de façon évidente. Ils sont jeunes, ils ont l’avenir devant eux, ils ont acheté une maison de guingois dans le Montana, qu’ils retapent. C’est facile, Taz est menuisier, ou ébéniste, c’est son métier, et ils aiment ça. Marnie est enceinte, ils bricolent et se baignent dans un creux de rivière caché, un coin de paradis préservé du regard de tous (et Pete Fromm a un réel talent pour nous faire ressentir l’émerveillement de ces baignades en pleine nature, on s’y croirait – ou on en rêverait !). Mais Marnie meurt en couches. Taz se retrouve donc, effondré, à devoir gérer un bébé, et cette perte. C’est là où l’auteur déploie tout son talent. On est triste mais on ne verse pas une larme. Jamais à aucun moment d’ailleurs, la mort de Marnie n’est décrite, ou même dite. Pendant plusieurs pages, on comprend ce qui est arrivé sans qu’aucun mot dramatique ne soit prononcé, aucune scène décrite. On comprend, tout simplement, en creux (parfait exemple du « show don’t tell » si cher aux Américains !).

Le livre, découpé en journées, pas nécessairement successives, est alors l’histoire de cette vie qui continue. Et c’est drôle, touchant, plein d’espoir. On voit Taz évoluer, sa fille, la petite Midge (moucheron en anglais) grandir, ses amis l’entourer, tenter de le sortir de sa torpeur et son isolement – dont Rudy, le meilleur-ami-de-toujours -, sa belle-mère passer, délicatement. J’ai entendu Pete Fromm présenter son livre il y a quelques semaines, et il a raconté que le point de départ de son histoire était une nouvelle racontant très précisément le décès d’une mère en couches. Et qui s’arrêtait là. Lui a imaginé la suite, et les personnages entourant le principal protagoniste ont pris leur place, se sont installés dans l’histoire, sans forcément que cela ait été prévu. Et il faut dire qu’une grande partie de la saveur de ce livre vient des interactions de Taz avec ceux qui l’entourent. L’histoire progresse avec de nombreux dialogues, enlevés.

Et puis, il y a la description de la nature, du temps qui passe comme s’égrènent les jours, on voit les saisons défiler. Les descriptions de baignades notamment, dans ce coin de nature paradisiaque et authentique, sont délicieuses.

Alors ce livre il est pour qui ? Il est pour les amoureux. Les amoureux de la nature, les amoureux tout courts, ceux qui veulent croire, envers et contre tout, espérer, voir devant sans jamais oublier cependant ce qui nous a constitué, les amoureux des belles histoires qui portent la beauté dans la simplicité et l’authenticité, ceux qui aiment les héros de la vie quotidienne,

Marie-Ève

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