Un dimanche à Ville-d’Avray

Dominique Barbéris, éditions arléa, août 2019, 128 p., 17€

Deux sœurs, quadragénaires, aux vies bien installées, mariées, vivant à Paris pour l’une, à Ville d’Avray pour l’autre. Le temps les éloigne mais l’enfance soude. Elles se voient rarement ; il y a une distance insoupçonnée entre Ville d’Avray et Paris. Et puis le mari de la narratrice, hyperactif, n’aime pas ces dimanches de banlieue qui s’étirent. C’est un dimanche pourtant, tandis que la narratrice est seule, qu’elle décide de rendre visite à sa soeur. Qui, seule aussi, entre un mari médecin qui est de garde et une fille qui part au cinéma avec son amoureux, lui livre alors un secret. Ces pages sont le récit de ce secret, dans une écriture sensible et puissante.

Comme Muriel Barbéris dépeint bien l’ambiance de ces dimanches poisseux, ces longs dimanches, où le temps prend une ampleur différente, en suspension ! L’enfance aussi, puisque la narratrice revient sur l’enfance qui a soudé les soeurs, créé des liens indéfectibles. Comme elle décrit bien, en quelques phrases courtes et précises, ces jeux romantiques entre les deux soeurs, heures infinies passées à rêver de Thierry la Fronde ou de Rochester (celui de Jane Eyre bien sûr), ces après-midis à s’entortiller dans un rideau comme dans un voile de mariée (p. 16).

Et le secret donc, qui prend la majeure partie du livre. La soeur de la narratrice, Claire Marie, semble avoir une vie rangée et toute simple ; elle aide son mari parfois, à tenir le secrétariat du cabinet médical où il exerce, elle s’occupe de sa fille, elle tient sa maison à Ville d’Avray. Qui soupçonnerait un pli dans cette vie presque conformiste ? Cette soeur pourtant a fait, chose impensable, une rencontre il y a quelques années, et elle lui livre cette histoire un dimanche, longtemps après.

Ce livre court est extrêmement bien écrit, a l’imparfait, des phrases brèves, où parfois, mais rarement pour ne pas lasser, la ponctuation s’égare. Et nous avec. On en ressort rempli de nostalgie, presque triste au souvenir (qui n’en a pas ?) de ces dimanches sombres de l’enfance (ou de l’âge adulte) qui s’écoulent dans un brouillard d’heures lourdes et pesantes. Ces dimanches où on se livre aussi, parfois. Car comme le dit Claire Marie à sa soeur :  » Le dimanche, tu ne trouves pas, certaines choses vous reviennent davantage ». Et puis il y a le mystère du récit qui reste. Longtemps. Il y a un petit air de Modiano ou de Stefan Zweig dans ces quelques pages. Une force tranquille, des creux qu’il faut remplir avec son propre passé ou son imagination, ses propres souvenirs, son étirement du temps à soi.

Ce livre est un petit bijou de sensibilité.

Alors ce livre il est pour qui ? Pour tous les romantiques, les nostalgiques. Ceux qui aiment attraper un livre et se laisser imprégner par l’ambiance qu’impose l’auteur, lire d’une traite et se sentir ensuite différent. Ceux qui aiment se plonger dans le souvenir, intense ou poisseux. Ceux qui aiment délicatesse et sensibilité.

Marie-Ève

2 commentaires sur “Un dimanche à Ville-d’Avray

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s