Le ciel par-dessus le toit

Natacha Appanah, Gallimard, août 2019, 125 pages, 14€

Ce livre c’est le récit d’une colère et celui d’un amour, une histoire portée par une voix, des mots cadencés, rythmés, une musique qui nous tient, nous porte et transporte. Il y a Loup qui est en prison (en maison d’arrêt plus précisément). Il est un peu différent, doux comme son nom ne l’indique pas, angoissé. Il a dix-sept ans, il n’a pas le permis, il a pris la voiture de sa mère, il a foncé, il a emprunté l’autoroute à contresens, il a provoqué un immense carambolage, il s’est fait arrêter. Il voulait juste rejoindre sa sœur, Paloma. Il y a Paloma justement,  plus âgée, éloignée et qu’il n’a pas vu depuis dix ans, et pourtant ils s’aiment ces deux-là. Mais il y a la mère aussi. Phénix. Pétrie de colère, femme splendide, rousse, éclatante, meurtrie, rebelle. A part. Ne sachant pas vraiment aimer. Ne sachant pas vraiment le montrer. Autour de l’accident, les destinées de ces trois-là vont bifurquer, emprunter des méandres nouveaux.

Il y a l’histoire donc. Une histoire d’enfermement, de différence, de pudeur, de sentiments forts, de vies brisées et éraillées qui ne demandent qu’à se reconstruire. Et il y a la langue surtout. Natacha Appanah est une virtuose. Elle a un souffle. Le roman est presque choral puisque de courts chapitres s’enchaînent, montrant, toujours racontés à la troisième personne, les points de vue de Phénix, de ses parents, de son grand-père, d’un médecin, de Paloma. De Loup aussi, mais pas tout de suite ; à lire son texte (court, deux trois pages pas plus, mais entre guillemets et cette fois c’est la première personne qui s’exprime, seule fois du récit) il est impossible de ne pas pleurer, ou tout au moins d’avoir les yeux humides…

Il y a cette voix donc, unique. Comme un long poème en prose. Peu de mots suffisent pour dire l’étrangeté, la solitude, l’incapacité de communiquer, l’amour qu’on ne parvient pas à exprimer, ni même à montrer. Dans des phrases à la musicalité parfaite, au rythme saccadé et chantant. C’est en fait dans le creux de notre oreille que Natacha Appanah murmure la solitude du monde moderne et qu’elle crie le besoin d’espérance.

Alors ce livre il est pour qui ? Ceux qui aiment chanter avec un livre, ceux qui aiment scander, murmurer, crier, ceux qui parfois ne savent pas trouver les mots pour s’exprimer, ceux qui voudraient pouvoir dire « je t’aime » sans toujours en avoir le courage, ceux qui aiment les histoires d’amour et de désespoir, ceux qui croient en la rédemption. Ceux qui croient en l’être humain.

Un très. Très joli livre…

Marie-Eve

3 commentaires sur “Le ciel par-dessus le toit

  1. j’ai fait connaissance avec ce blog il y a quelques jours et je m’en réjouis et je me sens en pays de connaissance mère de trois filles avec qui je partage mes lectures mais pas mon blog hélas
    ce livre me tente, pour l’auteur que je ne connais qu’à travers un livre

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