Honoré et moi

Titiou Lecoq, éditions l’Iconoclaste, 295 p., 18€

Fan de Balzac, fan du « Balzac » de Zweig, j’ai appréhendé ce livre avec curiosité. Pari réussi, je me suis laissée happer dès les premières pages, et ne l’ai plus quitté ! Le sous-titre « Parce qu’il a réussi sa vie en passant son temps à la rater, Balzac est mon frère » donne le ton de l’ouvrage, renforcé encore par l’avant-propos, et le post scriptum final. Bien plus qu’une biographie, c’est une leçon de vie.

Titiou Lecoq reprend les grandes étapes de la vie de Honoré (j’ai ainsi incidemment appris en lisant ce livre que le « H » de l’auteur était un « H aspiré » !), s’attachant à montrer que l’échec en est le fil rouge. Echec dans l’enfance, rejeté par ses parents (encore que, cette position, défendue par Zweig, est tempérée par Titiou Lecoq : sa mère l’aimait, et Balzac a sans doute fantasmé et amplifié quelque peu le désamour dont il se disait victime. Au final, elle a toujours été présente dans sa vie, l’aidant aux plus mauvais moments), échecs dans ses aventures amoureuses, échecs dans les nombreuses entreprises qu’il monte. Ses premières tentatives d’écrit même sont des échecs. Son « Cromwell », pièce de théâtre qui devait le rendre célèbre, fut un four. Echecs dont, contrairement au leitmotiv de notre époque, aucun enseignement n’est tiré, et rien de bon ne sort ! C’est un contre-exemple parfait de toutes les citations exhibées aujourd’hui, de Lao-Tseu à Oscar Wilde, et que cite l’auteure, comme « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles » (p. 16). Oui, mais non en fait, si l’on en croit la vie de Balzac.

Cela ne l’empêche pas de rester fantasque, enthousiaste, croquant dans la vie. Il essaye, il échoue, il recommence, il croit en lui et en ce que va lui apporter le jour suivant, il entreprend les projets les plus fous avec exaltation. Avec, en fil rouge là aussi, le travail incessant, cette bête de force qui n’est pas seulement une légende qu’il s’est construite, sa plume étant le seul moyen à sa disposition pour sortir d’une condition qu’il exècre.

En revisitant sa vie, l’auteure insiste sur les multiples facettes de l’« humanité » de Balzac. Il se trompe, rien ne lui est jamais vraiment acquis, il peine, il travaille. Et il a le génie de l’observation et de la description qui lui permet de brosser finement la société qui l’entoure. Et notamment les femmes, qu’il appréhende dans leur diversité. Si Balzac n’était pas franchement féministe (l’homme reste pour lui la figure d’autorité dit l’auteure, p. 100), il n’hésite pas à les montrer dans leur pluralité, à en faire des héroïnes. Voire à s’insurger contre l’ignorance des choses du sexe dans laquelle on maintient les jeunes filles et le « viol marital » qu’elles subissent souvent. Passionnant…

Un autre aspect de ce livre que j’ai adoré c’est la mise en lumière de la très fine frontière qui existait chez Balzac entre le réel et l’imaginaire. Sa vie était un roman, il s’inventait des histoires en permanence, ne sachant plus très bien parfois lui-même ce qui était vrai ou faux. Un exemple avec le thé qu’il offrait à ses amis (p. 161), un thé d’or qui provenait, leur disait-il, de l’Empereur de Chine lui-même et qui, de mains princières en mains prodigieuses, avait fini chez lui.

Et enfin il y a l’idée géniale de Balzac de mettre en œuvre sa « Comédie humaine » que Titiou Lecoq décrit, et dont on ne se lasse pas (p. 172).

Pour raconter cette vie incroyable, l’auteure a une verve fabuleuse. On ne s’ennuie pas une seconde, c’est drôle, enlevé, imagé. On vit avec Honoré et on le prend en amitié, évidemment, immédiatement.

Alors ce livre il est pour qui ? Il est pour les fans de Balzac bien sûr, qui retrouveront des choses qu’ils savent peut-être, mais elles sont délicieuses… et des choses nouvelles. Le tout avec des mots différents et modernes. Il est pour les jeunes. S’il vous plaît, mettez-leur ce livre entre les mains ! Ils liront les lectures imposées par l’école ensuite avec un autre œil, se prendront d’amitié pour l’auteur c’est certain, y verront un héros des temps modernes. Et puis le ton employé par Titiou Lecoq en fait une lecture aisée pour eux, un bon moyen de les mettre (doublement) dans la lecture. A conseiller à partir de la classe de 3e sans problème.

Marie-Eve

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