Les Inconsolés

Minh Tran Huy, Actes Sud, janvier 2020, 310 p., 21,50€

Lise et Louis s’aimaient, avec la force de ce premier amour qui prend de front quand on est jeune, une évidence, une attirance, une romance. Mais leur amour n’a pas duré. Naissance et vie d’un amour ; entre conte de fées, roman social, et thriller, Minh Tran Huy signe là un quatrième roman d’une grande finesse psychologique, et haletant, qui recèle des surprises jusqu’à la dernière ligne. Tous les ingrédients sont réunis pour un très bon roman.Lise est né d’une mère normande et d’un père vietnamien, les deux ayant pour point commun de venir de familles paysannes et de s’être élevés socialement, grâce aux études. Louis lui, vient d’une famille bourgeoise qui ne compte pas, car l’argent a toujours existé. Pour lui et les siens, mais aussi pour ceux qu’ils fréquentent, les codes sont sus de tous temps,  ils vivent entourés de beauté, grand appartement parisien, château à la campagne, œuvres d’art, voyages. Un luxe naturel. Ces différences sont importantes car le livre parle de ça aussi : la condition sociale, et comment peut-on en changer ? L’amour peut-il tout ? Y compris aplanir ces différences ?

Car Lise et Louis s’aiment. De leur première rencontre, leur premier baiser, il est dit « C’est un baiser comme ni l’un ni l’autre n’en a jamais donné ou reçu, (…) baisers de la jeunesse qui sont en réalité la jeunesse même, son élan, son feu et sa soif, un baiser dont elle éprouve l’intensité au même titre que la foudre éclatant sous l’orage ou la plongée dans un lac au cœur de l’été, un de ces baisers qui vous laissent à la fois au comble du bonheur et déchiré de regrets puisqu’il faudra bien s’en arracher, un baiser comme une fin en soi (…) ». On y est non ? Replongé dans les premiers baisers, les premières amours, les premiers émois ? Ils vivent l’un pour l’autre, l’un par l’autre, puis l’un avec l’autre. Rattrapé un peu, pourtant, par leur provenance différente. C’est tout l’art de Minh Tran Huy de raconter ces différentes étapes de la rencontre amoureuse, de l’apprivoisement, de la souffrance, un sujet éternel pourtant, mais une subtilité de la description qui le renouvelle encore.

Et puis il y a la forme aussi. Car le récit est alterné, la voix de Lise, qui raconte son histoire, celle de sa famille, sa mère maltraitante, sa sœur, que la mère préfère, son père, muet et qui cache un secret, sa grand-mère, merveilleuse grand-mère faite d’amour et de dévouement. Et la voix de l’Autre, dont on ne saura qu’à la fin de qui il s’agit, qui raconte l’histoire de Louis et de Lise, leur histoire d’amour parfaite puis impossible, les déchirements, les séparations, les reconstructions. Le mystère est épais et donne au roman une allure de thriller, qui oblige (mais ce n’est pas vraiment une punition, plutôt un grand plaisir !) à ne cesser de tourner les pages pour en savoir la fin.

Et puis il y a le style de Minh Tran Huy. Délicatesse, précision, finesse. Un scalpel dans un gant de velours, qui fait que chaque mot est pesé, calibré, unique, en appelle un autre, pour former des phrases musicales à souhait.

Alors ce livre il est pour qui ? Tous les romantiques, ceux qui aiment parler d’amour, rêver d’amour, croire à l’amour, le lire, l’écrire, le vivre ! Ceux qui aiment le suspense, car il y en a. Ceux qui aiment la surprise et se faire emmener sur les chemins de la rêverie par un auteur qui sait, lui, exactement, l’endroit qu’il veux nous faire découvrir. Une très belle découverte de ce début janvier !

Marie-Eve

 

3 commentaires sur “Les Inconsolés

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