La leçon de ténèbres

Léonor de Récondo, éditions Stock, coll. Une nuit au musée, janv. 2020, 150 p., 18€

Proposer à un auteur de passer une nuit dans un musée et publier le texte qui en est issu, voilà le propos de cette magnifique collection initiée avec le livre de Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme », dont nous avons déjà parlé ici. Dans ce livre-ci, Léonor de Récondo se plonge dans le Musée de El Greco à Tolède, et bien lui en a pris, car le texte qu’elle nous livre  est une splendeur. Ceux qui aimaient déjà El Greco n’auront qu’une envie c’est de le retrouver, les autres de le découvrir (à défaut de pouvoir se rendre à Tolède, on peut se dépêcher d’aller voir l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais à Paris, à voir jusqu’au 10 février).

L’auteure veut profiter de cette nuit seule, dans le noir (un comble pour qui doit écrire un texte autour de tableaux), dans la maison-musée d’un peintre qu’elle vénère pour, tout bonnement, faire l’amour avec lui. Un amour métaphorique, fantasmagorique, une façon de redécouvrir le peintre, se l’approprier, l’incorporer, l’engloutir.

Au gré des pages Léonor de Récondo revisite la vie de Doménikos (car oui, ils sont tellement intimes que tout naturellement, c’est son prénom qu’elle prononce, en le tutoyant), ce Crétois voyageant à Venise, puis à Rome, puis à Tolède, qui fera le pont entre l’Orient et l’Occident, si sûr de son talent, si avide de reconnaissance. Ce Grec dont le nom seul suffit à montrer le chemin parcouru (El pour l’Espagne, Greco pour dire « Grec », sa patrie d’origine, mais le mot même « greco » est, lui, italien). Elle parle d’anecdotes dont on ne sait si elles sont réelles ou inventées, et peu importe. Cela dresse de lui un portrait sûrement fidèle.

Elle parle d’elle aussi. De son rapport tout personnel à ce peintre, si particulier parce qu’il draine des souvenirs d’enfance, des souvenirs liés au père, peintre lui-même, grand admirateur de son objet d’étude. Une façon de prolonger l’amour paternel encore un peu, en douceur et en délicatesse. « Doménikos mi amor, y a-t-il une technique de l’émerveillement ? » (p. 32).

L’amour du peintre et de son œuvre transpire à chaque page, une réelle sensualité s’en dégage, le réel se mêle à l’imaginaire, à l’inventé, ce qui fut à ce qui sera ou aurait pu être. Délicieuse voie dans laquelle nous entraîne le véritable auteur, à nous prendre par la main pour nous conduire sur des chemins improbables, à nous montrer ce que nous ne savons voir, à rendre possible une chose folle, comme croire à une scène d’amour avec un peintre mort il y a 400 ans.

Alors ce livre il est pour qui ? Pour tous les rêveurs, les amoureux de musique et de peinture. Ceux qui aiment inventer, imaginer, se laisser porter par la folie de l’autre, se laisser transporter dans un univers parallèle, remonter le temps et l’avaler d’une traite. Pour tous ceux qui croient au miracle de l’art, sous toutes ses formes. Laissez-vous emporter vous serez transportés.

Un gros coup de cœur !

Marie-Eve

 

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