Le Monde de Sophie

Jostein Gaarder, Point, (1re édition 1991), 648 pages, 10 €

Le Monde de Sophie, nous allons le découvrir en même tant qu’elle. Adolescente sur le point de fêter ses 15 ans, Sophie redécouvre le monde qui l’entoure à travers une correspondance et relation avec Alberto Knox, un mystérieux philosophe. Celui-ci lui fait parvenir des questions existentielles ( « Qui es-tu ? », « D’où vient le monde ? ») auxquelles elle doit réfléchir. Les outils de réflexion sont apportés par les cours de philosophie, tout d’abord écrits, puis oraux qui alternent avec les questions. Le lecteur va ainsi voyager à travers le temps pour suivre l’évolution des courants philosophiques. C’est alors les pensées de grands philosophes (de Socrate à Sartre) qui sont expliquées, ainsi que des courants tels que les Cyniques, les Épicuriens, les Stoïciens et les Néo-Platoniciens. Lire la suite « Le Monde de Sophie »

Se défendre – Une philosophie de la violence

Elsa Dorlin, éditions La Découverte, coll. Zones, octobre 2017, 252 pages, 18€

Elsa Dorlin, professeure de philosophie à l’Université Paris 8, kung-fu fighter, et militante féministe, propose dans cet ouvrage de retracer une généalogie de l’autodéfense politique. Elle analyse diverses situations dans l’Histoire où la violence a pu constituer une ressource ultime pour des individus dont on niait la qualité de sujets. De la révolte des esclaves à Saint-Domingue en 1791 à l’autodéfense organisée de communautés LGBT à San Francisco dans les années 1970 en passant par le mouvement suffragiste anglais (dont les militantes pratiquaient l’art martial japonais du ju-jitsu pour faire face à la brutalité policière), l’auteure retrace ainsi de manière passionnante les techniques corporelles d’autodéfense mobilisées par divers groupes dominés à travers l’histoire. Lire la suite « Se défendre – Une philosophie de la violence »

Houellebecq, un monde de solitudes

Nicolas Dissaux, L’Herne, 2019, 86 pages, 8,50 €

Houellebecq, encore ? Oui, mais de façon détournée. Personnellement je n’ai aucun problème à avouer que j’ai toujours eu un peu de mal avec Houellebecq. Je pense avoir lu tous ses livres ou presque, parce qu’à chaque fois je me dis que j’ai dû rater quelque chose, étant donné la liste impressionnante de gens, que j’estime, qui le lisent et l’admirent. Nicolas Dissaux fait partie de ceux-là. Professeur de droit reconnu, civiliste renommé, spécialiste des rapports entre droit et littérature (entre autres sujets de prédilection), il est un fervent admirateur de cet auteur et lors des quelques fois où j’ai eu l’occasion de l’écouter parler sur le sujet, je suis toujours repartie en me disant qu’il fallait que je réessaye. L’aveu qui suit n’étonnera donc personne : par écrit, cela me fait le même effet. J’ai fermé le livre et me suis dit que décidément, je devrais reprendre les ouvrages de Houellebecq parce que l’ironie, la clairvoyance, la lumière et l’amour dans son œuvre m’avaient échappés. Et que c’était dommage. Lire la suite « Houellebecq, un monde de solitudes »

Surveiller et punir

Michel Foucault, 1975, éditions Gallimard, collection Tel, 360 pages

Il est difficile de parler de ce livre, qui fait 360 pages, très denses, en quelques lignes ! Mais s’il faut en noter quelques-unes (pour faire plaisir à ma mère 😊), les voici… Cet ouvrage détaille l’évolution des systèmes disciplinaires et d’enfermement (dans lesquels l’auteur range la prison bien sûr, mais aussi, de façon plus surprenante me semble-t-il, l’école, où l’hôpital). Et ce faisant, Michel Foucault interroge ce que nous apprennent ces structures sur les relations de pouvoir au sein de la société, ainsi que le contrôle de la société sur les corps. Lire la suite « Surveiller et punir »

Je remballe ma bibliothèque

Alberto Manguel, éditions Actes Sud, octobre 2018, 157 pages, 18€

Une élégie et quelques digressions, est-il précisé dans le sous-titre de ce dernier livre d’Alberto Manguel. On retrouve ici avec un immense plaisir l’auteur de Une histoire de la lecture (Actes Sud, 1998), ou de La bibliothèque, la nuit (Actes Sud, 2006).  Avec Manguel, je me sens soudain beaucoup moins obsessionnelle avec les livres 🙂 C’est notre maître à tous, nous les bibliovores, bibliophiles, et autres passionnés immodérés du livre.

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Le peintre dévorant la femme

Kamel Daoud, éditions Stock, collection Ma nuit au musée, août 2018

Déconcertée, troublée, émerveillée. Sentiments à l’image de la couverture de ce livre, qui fait rêver avec ses étoiles brillantes et désordonnées.

Je crois avoir souligné au moins une phrase par page, corné beaucoup d’autres, ce livre est sorti vivant de ma lecture ! Les phrases sont merveilleuses, poétiques et chantantes. En le finissant, je ne suis pas certaine de tout avoir bien compris ; et comme tout livre poétique, je me dis que ce n’est pas si grave, la musique et les idées aperçues et touchées suffisent, le rêve et la réflexion vont cheminer et vivre leur vie propre dans les jours à venir. Lire la suite « Le peintre dévorant la femme »

Sorcières – La puissance invaincue des femmes

Mona Chollet, éditions La Découverte, collection Zone, septembre 2018, 240 pages, version papier 18 €

Quel parallèle entre les sorcières du Moyen Âge, chassées et tuées, souvent au nom de Dieu, et notre époque actuelle ? A première vue, rien, et pourtant.

Femmes elles étaient, femmes nous sommes. Elles faisaient peur, on les tuaient. Aujourd’hui encore, combien de femmes sont maltraitées, tuées, malmenées, blessées, dégradées, juste parce qu’elles sont… femmes ? Et encore la France n’est pas le pire endroit où vivre.

Mona Chollet circonscrit son sujet dans une introduction que personnellement j’ai jugé un peu longue. Faire la synthèse des recherches menées sur le sujet des « sorcières » en une quarantaine de pages m’a semblé dommage. On sent qu’elle s’est retenue pour ne pas faire plus long sur un sujet qu’elle maîtrise et adore. Mais une fois sorti de là, quand elle dresse le portrait de ces trois catégories de femmes d’aujourd’hui qui, par choix, se situent hors de la norme et l’assument, le propos est lumineux et passionnant. Lire la suite « Sorcières – La puissance invaincue des femmes »