Salina – les trois exils

Laurent Gaudé, Actes Sud, octobre 2018, 149 pages, 16,80 €

J’ai hésité à écrire sur ce livre, sorti depuis trois mois, et sur lequel tout a été dit déjà. Et en même temps, je pense qu’il est impossible de trop en parler. Alors modestement, j’ajoute une petite pierre sur l’autel des louanges.

L’histoire de Salina avait déjà été racontée par Laurent Gaudé en 2009, sous la forme d’une pièce de théâtre. Passer au roman n’a rien enlevé à la force de l’histoire. Lire la suite « Salina – les trois exils »

Ma dévotion

Julia Kerninon, La brune, éditions du Rouergue, août 2018, 299 pages, 20€

Epoustouflant. Un des plus beaux livres lus cette année. Une voix, un souffle qui emporte et fait danser. Les mots sont projetés sur la page blanche, en de courts chapitres, démarrant au milieu de la page, et je suis bien certaine que la mise en page et la façon d’écrire ces bouts de vie qui s’enchaînent font pour beaucoup dans le plaisir de lire ce livre, que l’on ne peut quitter une fois que l’on a commencé. Tel une ogresse mangeuse de mots, je l’ai englouti. Très vite. Parce qu’il était impossible de ne pas tourner pour poursuivre, de quitter Helen et Franck. Mais reprenons au début. Lire la suite « Ma dévotion »

Aurélien

Louis Aragon, première édition en 1944, éd. Folio en 1972, 697 pages

L’essentiel du livre se déroule dans les années 20 à Paris, sur une période de deux mois seulement où les deux protagonistes, Aurélien et Bérénice, vivent un amour passionné.

Le sujet du livre c’est « l’impossibilité du couple », comme le décrit Aragon dans sa préface, c’est l’abîme qu’il y a entre deux êtres, lié à une incompréhension des gestes et paroles de l’autre, si différents des pensées. Une incommunicabilité par l’impossibilité d’exprimer réellement leurs sentiments.  « Il y avait une grande confusion entre eux ». Ou encore « il semblait que tout eut pour raison d’être de mesurer cet abîme entre eux ». Lire la suite « Aurélien »

Le discours

Fabrice Caro, éditions Gallimard, collection Sygne, septembre 2018

Qu’arrive-t-il quand on demande à quelqu’un en pleine déprime post-rupture amoureuse d’écrire un discours de mariage ? Qui plus est quand il s’agit du mariage de sa soeur, bêtement amoureuse et filant la parfaite romance ? Et qui plus est en outre lorsque cette demande est formulée pendant le traditionnel repas familial où l’ennui flirte avec l’agacement ?

C’est le propos de ce livre raconté à la première personne et hilarant. Lire la suite « Le discours »

Le livre de ma mère

Albert Cohen, éditions Gallimard, collection Folio, 1954 (première parution), 192 pages

Albert Cohen écrit Le livre de ma mère en 1954 après la mort de sa mère. Ce livre lui est dédié, c’est un hommage. Dans ce livre, l’auteur écrit des moments ou des périodes de sa vie en mettant toujours en avant sa mère, les marques d’amour qu’elle lui portait. Albert Cohen utilise un champs lexical très vaste pour qualifier sa mère, il l’appelle: « ma Maman », « ma vielle Maman », « ma Maman malade » ou encore « ma petite fille chérie ».  J’ai trouvé ça très touchant, un fils qui parle comme ça de sa mère. Cela montre que Albert Cohen et sa mère n’ont pas seulement eu une relation  de fils et mère mais aussi de « père » avec sa « fille ».

Lire la suite « Le livre de ma mère »

Songe à la douceur

Clémentine Beauvais, éditions Points, juin 2018, 247 pages (1re édition 2016, éditions Sarbacanes)

Quel beau pari ! Réécrire le Eugène Oneguine de Pouchkine (que j’avoue je n’avais pas lu mais dont je me suis empressée de lire le résumé , après avoir fini ce livre) en le mettant à la sauce contemporaine mais en respectant la versification.

Pour l’histoire, on ne dévoilera pas grand-chose en disant qu’il s’agit d’une histoire d’amour contrariée, à l’origine un coup de foudre de Tatiana pour Eugène, puis, plusieurs années après, un coup de foudre inversé, d’Eugène pour Tatiana. Éternelles histoires d’amour, on en fait des livres, des films ou des pièces de théâtre depuis la nuit des temps… Mais ça continue à fonctionner, surtout quand la réalisation est de cette teneur. Lire la suite « Songe à la douceur »

La chance de leur vie

Agnès Desarthe, éditions de l’Olivier, août 2018, 297 pages, version papier 19€

Sylvie, Hector, et leur fils Lester s’envolent pour les Etats-Unis, plus précisément la Caroline du Nord. On les voit s’installer dans leur nouvelle vie, Sylvie semblant contempler, dans une douce indifférence (ou « étrangeté »), le temps qui passe, Hector concentré sur son enseignement, Lester (qui se rebaptise Absalom-Absalom, « une sorte de nom composé, si vous voulez, comme Jean-Jacques ») qui tombe dans le mysticisme.

Il ne se passe pas grand-chose, des scènes infimes qui décrivent une certaine vision de l’Amérique, ou de la France vue de l’Amérique. D’ailleurs ce livre fait penser à un roman américain, dans son ton surtout, écrit avec une ironie et un détachement certains. On retrouve parfois le mordant de Laura Kasischke, et une ambiance un peu étrange, sur le fil, à nous demander ce qui va bien pouvoir arriver, et si l’histoire ne va pas basculer dans le morbide. Au final pourtant, je suis un peu restée sur ma faim, entre une histoire de jeune gourou qui ne dit pas son nom, et une histoire de couple qui se ment un peu, banale comme beaucoup d’histoires de couple. Lire la suite « La chance de leur vie »