Normal People

Sally Rooney, éditions de l’Olivier, mars 2021, 320 p., 22€

Qu’est-ce que c’est, être « normal » quand on a dix-sept ans ? Qu’on va au lycée, qu’on n’a pas d’amis, qu’on est suprêmement intelligent, qu’on n’est pas intégré ? Est-ce une situation qui dure, qui s’installe ? Après le magnifique « Conversations entre amis », Sally Rooney nous offre dans ce deuxième livre une réponse tout en finesse et délicatesse.

Marianne a dix-sept ans justement, et vit dans une petite ville d’Irlande, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas vraiment bien dans sa peau, et se pose quelques questions. Au lycée, elle est amenée à croiser Connell. Tout le contraire d’elle ! Il est normal lui, ou en tous cas il en a l’air ! Suprêmement intelligent également mais plein de charme, intégré, « populaire », plein d’amis, de petites amies, amies qui la plupart du temps l’indiffère. C’est normal ça ?

Évidemment les deux se connaissent (la mère de l’un est employée chez la mère de l’autre). Évidemment il va se passer quelque chose entre eux.

Et puis ils vont grandir, changer. Les scènes se succèdent à quelques semaines, où mois d’intervalle, créant ces creux que l’on comble avec l’imagination.

Sally Rooney nous raconte avec la même sensibilité dont elle avait fait preuve dans « Conversation entre amis », les affres de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte. Le regard sévère que l’on peut porter sur soi. L’importance des autres. Les occasions ratées. L’indicible qui prend une place démesurée. La vie quoi !

Alors ce livre il est pour qui ? Ce livre est un bijou de sensibilité, qui devrait intéresser tout le monde, y compris les jeunes, à partir de 16 ans sans problème. Ça devrait les rassurer ! À lire sans tarder !

Marie-Eve

La vie mensongère des adultes

Elena Ferrante, Gallimard, coll. Du monde entier, 404 pages, 22€

Fan absolue, comme beaucoup, de L’amie prodigieuse, j’ai ouvert le dernier roman d’Elena Ferrante avec une énorme envie et une légère appréhension. Celui-ci sera-t-il aussi bien ? Sans plus tarder et n’en déplaise aux grincheux, aux boudeurs de plaisir, aux nostalgiques, la réponse est OUI ! et voici pourquoi.

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Les choses humaines

Karine Tuil, Gallimard, août 2019, 352 p., 21€

Voilà deux mois que je ne sais comment écrire un article sur ce livre essentiel, et voilà qu’il a maintenant raflé des prix, que tout a été dit, et qu’il est peut-être trop tard. Mais alors que le sujet des violences faites aux femmes envahit le devant de la scène médiatique, enfin, je me dis que finalement non ; ce ne sera peut-être qu’un minuscule caillou en plus dans le débat, mais chaque caillou, même minuscule, compte.

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Le Dictionnaires des émotions

Tiffany Watt Smith, Zulma, coll. Zulma Essais, sept. 2019, 392 pages, 21,50 €

 

C’est simple : tout le monde devrait avoir ce livre dans sa bibliothèque ! Le lire une fois, ou plusieurs, le feuilleter, y revenir. Son objet ? Recenser les émotions dans le monde, en raconter leur histoire, leur émergence, leurs particularités géographiques, les auteurs qui en ont parlé. Un régal. Lire la suite « Le Dictionnaires des émotions »

Nous sommes aujourd’hui réunis

Jamie Weisman, Actes Sud, juin 2019, 334 pages, 22,50€.

Atlanta, Etats-Unis, la belle Elizabeth Gottlieb, qui fait partie de la bourgeoisie juive de la ville, est sur le point de se marier. Cet événement n’est que le prétexte à un magnifique roman choral, où s’égrènent les portraits de femmes et d’hommes banaux et extraordinaires à la fois. Lire la suite « Nous sommes aujourd’hui réunis »

L’Ennemie

Irène Némirovsky, éd. Denoël, avr. 2019, 157 p., 16,90€

Ce livre d’Irène Némirovsky est une nouvelle édition du roman qu’elle avait fait paraître en 1927 sous le pseudonyme de Pierre Nerey, et il faut remercier les éditions Denoël de le publier de nouveau ! C’est un petit bijou qui, découpé en quatre parties épousant différentes périodes de la vie de Gabri (enfance, adolescence, jeune adulte), raconte les relations pour le moins complexes de la jeune fille (qui emprunte ses traits à Irène elle-même) et de sa mère Francine (dont la ressemblance avec Fanny, la mère de l’auteure, est avérée).

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L’Empreinte

Alexandria Marzano-Lesnevich, Sonatine Editions, janvier 2019, 471 pages, 22 €

Ce livre est un objet littéraire étrange et prenant. Du récit d’un crime : on pense en le lisant à « De sang-froid » de Truman Capote, ou parfois, à certains livres de Philippe Jaenada comme « La Serpe » ou « Petite femelle ». Alexandria Marzano-Lesnevich fait le récit d’un crime horrible, le meurtre d’un petit garçon de six ans, Jeremy, par Ricky Langley, qui l’aurait peut-être également violé (le doute subsiste). Mais au-delà de ce récit, ce qui rend ce livre bouleversant est la propre histoire de l’auteure, les abus sexuels qu’elle a subis, enfant, de la part de son grand-père. Les deux s’entremêlent finement. Lire la suite « L’Empreinte »