Les invisibles

Lucia Puenzo, éd Stock, avril 2019, 224 p., 19,50€

Les invisibles, ce sont ces trois enfants des rues de Buenos Aires, deux adolescents Ismael et La Enana et le petit Ajo, six ans. Ils y vivent seuls, livrés à eux-même dans le quartier du Once. Leur « travail » ? Profiter de leur petite taille et de leur agilité pour s’introduire dans de riches demeures et chaparder, en toute petite quantité (pour ne pas se faire remarquer), ce qui en vaut la peine. C’est Guida, qui travaille dans une entreprise de gardiennage, qui les a recrutés. Il leur donne les informations nécessaires, et le matériel qui leur permet d’endormir les chiens ou les gens afin d’agir plus facilement. Mais un jour on leur propose un marché, qu’il leur est difficile de refuser : traverser le fleuve et partir l’été de l’autre côté de la frontière, en Uruguay. Sans tellement plus de précision. Après une hésitation, le flair leur indiquant un danger certain, ils acceptent, l’envie de voir la mer étant plus forte que l’appréhension. C’est cet épisode que nous raconte l’auteure, Lucía Puenzo. Lire la suite « Les invisibles »

Les gratitudes

Delphine de Vigan, JC Lattès, mars 2019, 173 pages, 17€

Si on ne me l’avait pas offert (merci Margaux !!!), sans doute n’aurais-je pas lu ce livre. J’aime beaucoup Delphine de Vigan, mais un peu déçue par le précédent (« Les loyautés »), j’avais envie de rester sur les impressions fortes laissées par « Rien ne s’oppose à la nuit », ou « D’après une histoire vraie », et ne voulais pas risquer une autre déception. Heureusement, on a choisi pour moi ! Ce livre bref et intense touche au plus profond, avec comme d’habitude chez cette auteure, une économie de mots qui renforce encore les sensations. Lire la suite « Les gratitudes »

Né d’aucune femme

Franck Bouysse, La Manufacture de livres, janvier 2019, 334 pages, 20,90€

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas été autant entraînée dans le sillage d’un livre ! Voilà de ces romans dont on est à la fois heureux d’en avancer la lecture parce que l’envie de connaître la suite est à la limite de l’intolérable (nuits blanches assurées et petits matins douloureux d’avoir trop veillé, l’avantage étant que l’on avance vite, donc cela ne se reproduit pas trop !)  ; et que l’on est triste de finir parce que oui, d’accord, on sait enfin ce que l’auteur a si bien manigancé pour nous révéler, mais que justement, on n’a plus rien à savoir… Dilemme du lecteur passionné : avancer ou retarder la poursuite d’un livre… Lire la suite « Né d’aucune femme »

Les tribulations d’Arthur Mineur

Andrew Sean Greer, éditions Jacqueline Chambon/Actes Sud, janvier 2019, 253 pages, 22€

 

Arthur Mineur va avoir cinquante ans et il est, de son propre avis, un écrivain mineur, un homosexuel mineur, un homme mineur. Son plus haut fait de gloire est d’avoir été l’amant et la muse d’un fameux poète (fameux au point d’avoir eu le prix Pulitzer, malicieux clin d’œil du destin qui attribua ce même prix… aux « Tribulations… » !), Robert Brownburn, lorsqu’il était jeune. Arthur Mineur va avoir cinquante ans, et il vient d’apprendre le mariage prochain de son dernier amant, Freddy, qu’il aimait peut-être, ou qu’il avait peur d’aimer, avec lequel en tous cas il ne voulait pas s’engager ; et cela le désespère. Alors pour pouvoir fuir ce mariage auquel il a été convié, il décide d’accepter toutes les propositions de remise de prix, de cours, de voyage… qui le tiendront éloigné un moment de San Francisco. Ainsi démarrent ces « Tribulations ». Lire la suite « Les tribulations d’Arthur Mineur »

Bacchantes

Céline Minard, Rivages, janvier 2019, 106 pages, 13,50€

 

Honk-Kong. Un typhon s’approche. Dans un bunker hautement sécurisé se déroule une prise d’otage hors norme. Ici, ce ne sont pas des êtres humains qui sont retenus, mais des bouteilles de vin. Des bouteilles évaluées à près de 350 millions d’euros. Voilà le début de « Bacchantes » de Céline Minard. Trois séquestreuses, une capitaine chargée de l’enquête, un négociateur, le « gardien » des bunkers (un ancien ambassadeur à la retraite) : voici les protagonistes du roman. Lire la suite « Bacchantes »

La vraie vie de Vinteuil

Jérôme Bastianelli, Grasset, coll. Le courage, janvier 2019, 270 pages,

Tout fan de Proust se doit de lire ce livre !

Le propos de l’auteur, Jérôme Bastianelli, est simple, mais original : inventer la vie de Georges Vinteuil, ce musicien qui tient une place si importante dans la « Recherche », notamment comme étant l’auteur de la « petite sonate », celle qui berce la naissance d’ « Un amour de Swann ». D’ailleurs, l’exergue, issu de « Du côté de chez Swann » résume bien l’intention : « La pensée de Swann se porta pour la première fois dans un élan de pitié et de tendresse vers ce Vinteuil, vers ce frère inconnu et sublime qui lui aussi avait dû tant souffrir ; qu’avait pu être sa vie ? au fond de quelles douleurs avait-il puisé cette force de Dieu, cette puissance illimitée de créer ? » L’auteur va donc s’attacher dans ce roman à répondre à cette question posée par Proust, en inventant la vie de ce Vinteuil. Lire la suite « La vraie vie de Vinteuil »

Les Porteurs d’eau

Atiq Rahimi, P.O.L, janvier 2019, 286 p., 19€

1er février, premier coup de cœur du mois !

Ce livre, « Les Porteurs d’eau », démarre le 11 mars 2001, tandis que les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, et il entremêle les fils de deux histoires merveilleuses (« merveilleuse » dans tous les sens du terme : qui suscite l’étonnement et l’admiration, mais aussi qui relève du prodige ou de la magie). L’une prend place en France, où Tom, Français d’origine afghane, se réveille un matin pour quitter le domicile conjugal et rejoindre son amante à Amsterdam. La deuxième se situe à Kaboul, où Yûsef se réveille une nouvelle fois aux côtés de sa belle-sœur, la femme de son frère, pour laquelle il éprouve des sentiments qui le dépassent, des sentiments qu’il ne sait pas nommer mais qui ressemblent à l’amour. Lire la suite « Les Porteurs d’eau »